dimanche 23 septembre 2007
jeudi 2 août 2007
soirée écossaise (dernière partie)
Où tous les mystères sont enfin éclaircis... Un pincement au coeur, mais avec un sacré soulagement quand même, votre auteur a enfin réussi à boucler son histoire...
Nos héros reverront-ils leur Paris natal ? Sortiront-ils indemnes de cette étrange aventure ? Ce blog a-t-il encore une raison d'être après l'accomplissement de sa prophétie initiale (cf. René Lourau) ?
Ils sont pris au piège de la Bastille…
D’instinct, ils se pressent les uns contre les autres, leur regard horrifié fixé sur le pont-levis maintenant relevé, au-delà duquel ne se trouve peut-être pas la liberté, mais au moins l’idée réconfortante qu’ils auraient pu repartir par là d'où ils étaient venus… C’est à voix haute que Louise formule ces pensées, et c’est la première fois que la question de leur retour à Paris, enfin, au Paris qu’ils connaissaient, est posée. Et, à ce moment précis, cette idée n’est pas pour les rassurer. De plus, il fait de plus en plus froid, et Antoine grelotte sous son kilt.
Mais heureusement que Jay existe.
- pas de panique, je m’en occupe !
Il sort un téléphone portable de sa poche. Les autres le regardent avec ahurissement… Ce serait vraiment trop beau… Mais dans ce cas, qui appeler ? Les pompiers ? Un historien ? et quelle adresse donner ?
- et m… j’ai pas de réseau.
Antoine pose une main compréhensive sur l’épaule de l’ami de sa nana :
- on t’en veut pas, Jay !
Mais sa réplique est couverte par une voix éraillée, tombant de nulle part, semblant sourdre des murs, sans qu’il soit possible de la situer plus exactement. Tout le monde sursaute :
- Vous, le Sarrasin, déposez cette arme à vos pieds, immédiatement ! Nous avons des baillonnettes braquées sur vous, n’essayez pas de jouer les héros…
Jay obtempère sans sourciller. Mû comme par un ressort, il balance son téléphone d’un geste. Le groupe se fige dans une attente angoissée, mais la voix ne semble pas vouloir se manifester à nouveau. En revanche, dans un grincement sinistre, une porte au fond de la cour s’ouvre lentement. Tournés vers elle, nos héros attendent, saisis par une étrange torpeur glacée, que quelqu’un n’en sorte. Mais personne ne se montre. La porte reste ouverte, sombre, invitation menaçante à pénétrer un intérieur inconnu sûrement encore plus sombre et menaçant. Comme si l’air chaud était aspiré à l’intérieur du bâtiment, la température descend encore de quelques degrés. Mais le groupe, hypnotisé par le rectangle d’ombre dessiné par la porte ouverte, ne semble pas remarquer les conséquences étranges de cette baisse de température. En effet, autour de Xuc commencent à se dessiner de curieux halos de lumière bleue, qui tournent autour de lui, qui pénètrent et ressortent de son corps et de sa tête, en une curieuse danse désordonnée et disjointe…
Fried, lui, a mis ce temps à profit pour réfléchir. C’est le premier à prendre la parole :
- Bon, voilà comment sont les choses, c’est assez simple. L’ennemi nous tend un piège, il nous ouvre une porte pour nous coincer à l’intérieur du bâtiment. Très bien, mais il ne faut jamais sous-estimer la fourberie des Prussiens. Donc, comme il pense que nous pensons que c’est un piège, il se doute bien que nous n’entrerons jamais là-dedans. Pour tromper l’ennemi, il nous faut donc entrer. CQFD, qui m’aime me suive et tous en avant mes frères !
Le raisonnement n’a convaincu personne, mais comme tout le monde commence à être transis à force de rester immobile et que personne d’autre n’a mieux à proposer, ils suivent tous Fried, insensible à cette marque d’amour, et s’approchent de la porte du bâtiment. Jay est resté un peu en arrière pour ramasser son précieux portable qu’on lui envie tant, car il contient les numéros des plus jolies filles de France et de Navarre. Il n’a pas été tant impressionné que cela par la voix mystérieuse, il a lâché son portable juste pour qu’aucun de ses amis ne soit blessé… Quand il se redresse, son regard se pose sur Xuc, qui marche avec les autres. Il remarque enfin quelque chose d’étrange et, en bon pote, préviens son camarade :
- Xuc, tu fumes trop, t’as de la fumée qui te sort des oreilles.
Xuc se retourne, lui jette un regard plein d’incompréhension, mais ne voulant pas ranimer en cet instant critique le vieux débat fumeurs-non fumeurs entre colocataires, hausse les épaules.
Les autres ont déjà disparu dans la pénombre de l’intérieur. Jay se dépêche de les rattraper, mais Xuc ne suit plus le mouvement. Il vient lui aussi de s’apercevoir de ce phénomène bizarre autour de lui qui s’intensifie au point de lui donner vaguement le tournis :
- n° 3 ? n° 3 ? tu es là ? Qu’est-ce qui se passe ? tu peux m’expliquer ? n° 3 ?… N’importe qui ! ?
Mais personne ne lui répond. Et non seulement les comètes bleues qui s’amusent à lui tourner autour et à lui faire du rentre-dedans ne s’arrêtent pas, mais elles commencent à faire du bruit. Xuc perçoit des sons de coup, de chute, des petits gémissements et de fantastiques ahanements d’effort, directement à l’intérieur de sa tête. Il a l’impression que des multitudes de comètes bleues se battent à l’intérieur de son cerveau, et ça lui fait mal. Il a envie de hurler, peut-être a-t-il hurlé d’ailleurs ? toujours est-il qu’il est tombé à genoux, les deux mains sur la tête pressant son crâne de toutes ses forces pour l’empêcher d’exploser. Les comètes n’en ont cure, elles continuent leur manège, de plus en plus rapidement et de plus en plus fort. Et Xuc s’évanouit.
- Où êtes-vous, traîtres à la République ? Vous vous cachez, hein ? Vous savez que le peuple en armes est invincible ! Nous sommes le peuple en armes, nous sommes la République et les Droits de l’homme et du citoyen !
Mais le bâtiment reste froid et silencieux devant les injures. Fried grince d’un ton menaçant :
- Montrez-vous, que je vous abolisse un peu vos privilèges !
- Euh, Fried, écoute, il vaut mieux que je mène la négociation, s’avance Ernesto, qui a maté des patrons plus coriaces…
- Mais quelle négociation, s’énerve Louise, il n’y a personne, ici, personne !
- Ça me semble exact, confirme Jay d’une voix tranquille et virile, il n’y a même plus Xuc.
Un concert d’exclamations accueille cette constatation :
- Quoi ?
- Il a dû rester dehors !
- Hein, qui ?
- Retournons dans la cour !
- Allons enfants de la vallée du Rhin !
Ils se précipitent sur leurs pas. Mais entre temps, la porte s’était refermée, impossible de la rouvrir, une fois encore ils sont piégés. Mais ils sont un de moins…
- vous avez lu les Dix Petits nègres ? demande Antoine, en pensant à autre chose.
Louise lui retourne une tarte, et se met à pleurer :
- ta gueule, mais ta gueule putain ta gueule…
In petto, Jay pense que ce n’est pas très élégant pour une femme de parler ainsi, mais il lui pardonne, car il est lui aussi tout chafouin d’avoir perdu Xuc… Qui va lui monter ses étagères, maintenant ?
- non ! je refuse que ça se passe ainsi, dit-il en brandissant le poing. Ils ont Xuc, peut-être, mais nous, nous sommes encore vivants ! Il y a encore un Jay qui respire dans cette bâtisse moisie, et donc il nous reste une chance, si infime paraisse-t-elle, de sortir de là et de retrouver Xuc !
- Il a raison, dit Louise en se tournant vers Ernesto. Donne-moi ton passe !
- Mon passe ?
- Arrête, c’est bon, on sait très bien que tous les militants en ont un…
- Bon, bon, voilà, mais t’en parles à personne, hein ? c’est interdit, et maintenant que j’ai des responsabilités syndicales je ne peux pas me permettre d’avoir des ennuis…
- Des ennuis ? et tu crois pas qu’on en a quelques uns des ennuis, là ? s’énerve Louise en essayant sur la vieille serrure de la porte le passe PTT, dont les copies en circulation surpassent certainement en nombre les originaux…
Miracle… Dans un nouveau grincement sinistre, la vieille porte tourne lentement sur ses gonds… Nos héros ne peuvent retenir un cri de stupéfaction lorsqu’ils découvrent la cour qu’ils viennent juste de quitter. Car non seulement Xuc ne s’y trouve plus, mais en plein centre de la cour, là où un instant plus tôt ils se sont arrêtés pour contempler le bâtiment, se dresse une antique guillotine, une vraie, comme dans les films. Elle n’est même pas rouillée, et semble hélas en parfait état de marche… Fried pousse une exclamation de satisfaction :
- Vindieu le bel engin !
Il se tourne vers ses amis, radieux :
- nous ne sommes plus seuls, citoyens ! Le peuple est venu à la rescousse !
- Eh non ! pas exactement, mon pauvre vieux…
Surgissant du panier de la guillotine, hilare, une forme bleue vaguement familière s’avance vers eux.
- tu ferais mieux de picoler un peu moins et de réfléchir un peu plus, eh naze !
Antoine penche la tête de côté :
- c’est marrant, on dirait Xuc ! Enfin, je veux dire dans son apparence physique, ajoute-t-il rapidement en voyant le regard furibond de Louise…
- Xuc ! mais c’est qu’elle m’insulte la chiure de mouche ! Apprenez donc messieurs et mademoiselle… Non, on ne peut décemment pas appeler demoiselle quelqu’un qui porte un décolleté aussi profond… Donc, la bande de minus et leur salope apprendront que je m’appelle n° 4, et que je fus, pendant de très longues et éprouvantes années le fantôme de ce mou-du-genou de Xuc.
- ah oui ? frémit Fried, et aujourd’hui ? Tu as changé de propriétaire ? Un traître, c’est cela ? La belle affaire !
- Ecoute moi bien, l’ivrogne. Dans la vie il y a ceux qui commandent, et ceux qui obéissent. J’ai choisi mon camp, et vous, vous devez m’obéir maintenant si vous voulez revoir l’autre merde en vie !
- Il parle de Xuc, là ? demande Antoine à voix basse.
Jay serre les poings. Il est difficile de laisser insulter ses amis ainsi, mais un fantôme accepterait-il une provocation en duel à la loyale ?
- Vous allez me suivre, maintenant, et sans plus discuter. C’est par là, mon Maître vous attend.
- Et à qui aurons-nous l’honneur ? demande Ernesto d’une voix grave et de son ton le plus poli, qui désarmerait n’importe quel DRH un tant soit peu novice…
- Oh mais c’est un homme finalement, le binoclard aux cheveux longs ! Tu m’excusera tapette, c’était pas évident à première vue…
Et l’horripilant fantôme leur tourne carrément le dos pour se diriger vers une petite ouverture presque à l’opposé de la cour, qui n’était pas, ils auraient pu le jurer, visible lors de leur précédente visite. Il ne semblait y avoir rien d’autre à faire pour sauver Xuc que d’obtempérer et d’emboîter le pas à l’humanoïde translucide qui les guide, par un dédale de couloirs et d’escaliers, vers ce qui sera certainement la fin de cette énigme. En chemin, ils échangent quelques impressions à voix basse :
- c’est fou, donc c’était vrai cette histoire de fantômes ?
- et moi qui me foutais de lui…
- et moi donc !
- il a dû supporter ce connard pendant tout ce temps ?
- papette…
- comme quoi, on ne connaît vraiment ses amis que lorsque l’Histoire demande aux citoyens de faire le sacrifice de leur liberté pour l’amour de la République !
- quoi ?
- il devrait pourtant commencer à dessaouler, là, non ?
Mais cette importante question restera en suspend, car le groupe est arrivé devant la porte d’un cachot, à travers laquelle fantôme n°4 se précipite allègrement en leur jetant un regard goguenard, genre : " allez-y, essayez de m’imiter, on va rire ! ". Jay s’apprêtait à relever le défi lorsque la porte s’ouvre, de l’intérieur et sans grincer.
Le cœur battant, nos héros rentrent dans la pièce, s’attendant à trouver Xuc en piteux état, voire… qui sait ?
Mais rien de tout cela :
- ah bah vous voilà, vous tombez bien, on vient de trouver le moyen de rentrer chez nous !
Xuc était assis tranquillement sur un banc en bois, avec trois autres personnages dont on ne pouvait douter, au vu de leur ressemblance avec Xuc et de leur curieuse consistance translucide, qu’ils ne fussent encore d’autres fantômes. Louise ne trouve rien à répliquer que :
- qui ça, " on " ?
- eh bien, n°1, n°2, n°3 et moi ! c’est un travail d’équipe !
- et vous semblez m’oublier, ci-devant citoyen !
La porte se referme violemment, et le personnage qui leur avait ouvert s’avance maintenant vers eux, une perruque blanche vissée sur la tête, une chemise à col à jabot légèrement jaunie qui dépasse d’une veste à rayures mal cintrée. Xuc dissimule une grimace.
- Laissez-moi me présenter… Maximilien Marie Isidore de Robespierre, dit L’Incorruptible. Serviteur.
Un silence sidéré tombe sur notre petit groupe. Fried est à genoux, et semble incapable de proférer le moindre son. Prenant cette stupéfaction pour une invite au discours, L’Incorruptible prend la pose, une grande inspiration, et… Mais Xuc a été plus rapide :
- bon, je vous fais le topo, si on le laisse parler on ne s’en sortira pas et on a plus beaucoup de temps, il faut que nous soyons rentrés avant l’aube sinon nous serons coincés ici à jamais, et je sais pas vous, mais moi je suis pas très chaud.
- Mais comment tu sais ?…
- C’est grâce à mes fantômes, ils ont mené leur petite enquête. Les murs ici sont pleins de souvenirs et riches d’informations pour qui sait les recueillir…
- Oui, donc ?
- Alors, ce lieu, la Bastille, est une sorte de… Palais de la justice, en somme.
- D’où la guillotine ! s’exclame Fried.
- Mouais… Monsieur Robespierre s’est retrouvé lui aussi, par hasard comme nous, coincé ici, car il a vécu une injustice.
- Je me suis fait guillotiner, au faîte de ma gloire et avant d'avoir pu accomplir mon oeuvre pour…
- Et nous, nous sommes ici dans le but de réparer cette injustice, en commettant une injustice encore plus horrible… Ce n’est qu’à ce prix-là que nous pourrons reprendre le cours normal de nos existences. Tout le monde suit ?
- Bah…
- Je crois…
- C’est un peu farfelu, mais…
- Ça se comprend…
- Bon, alors on y va, on descend dans la cour.
- Hein ?
Xuc se lève d’une béquille décidée. N°4, sur le chemin entre lui et la porte, s’écarte promptement. Xuc tente de lui mettre la main sur l’épaule, mais elle passe à travers dans un " schhlurrp " peu ragoûtant. Qu’à cela ne tienne, il le regarde dans les yeux :
- je ne t’en veux absolument pas. Tu as raison, nous deux ça ne marchait pas, nous souffrions trop. Parfois, même si cela fait mal, il faut savoir prendre la décision de se séparer, et je te remercie de l’avoir fait. Maintenant, il ne faut pas regarder en arrière, une nouvelle vie t’attend, tu seras beaucoup plus heureux avec quelqu’un d’autre que moi. Je veux juste que nous nous quittions bons amis…
N°4 détourne le regard :
- tu ne m’as jamais aimé, goujat ! J’ai tant donné pour notre relation, et tu me traitais comme n’importe lequel de tes fantômes…
- hum hum… Navrée d’interrompre cette touchante conversation, mais n’avons-nous pas une injustice horrible à commettre avant l’aube ?
- La citoyenne Louise a raison, messieurs, l'intérêt suprême de la nation et des colonies elles-mêmes est que vous conserviez votre liberté et que vous ne renversiez pas de vos propres mains les bases de cette liberté.
- Ne faites pas attention, il a tendance à repasser ses vieux discours en boucle… Renommée, renommée… Qui es-tu, renommée… Suivez-moi !
En tentant de digérer ce qui leur arrivait, tout le groupe dévale les escaliers à la suite de Xuc. Ils débouchent dans la cour maintenant familière, où la sinistre guillotine semble les attendre.
- Bon, et maintenant ? demande Jay.
- Alors… Antoine, viens par ici mon poteau… Je vais te lier les mains dans le dos… Voilà, comme ça… Une cagoule sur le visage… Très bien… Suis-moi, tu vas t’allonger sur le ventre juste ici, voilà, comme ça… très bien…
- Euh ? je peux poser une question ?
- Oui, je t’écoute ? répond Xuc de sa voix la plus hypocrite. Mais dépêche-toi, tu le sais qu’on n’a plus beaucoup de temps…
Les autres s’installent en demi-cercle autour de la guillotine et assistent au dialogue. Antoine a la voix qui commence légèrement à chevroter :
- Vous… Vous allez me guillotiner ?
- Eh bah ! on dirait qu’il s’améliore, à notre contact ! siffle Louise entre ses dents.
- Il semble oui, hélas, c’est le seul moyen. Tu vas te faire guillotiner à la place de Robespierre, et comme ça, nous nous pourrons rentrer à l’appart de Louise après ce léger contretemps et commencer enfin notre fameuse soirée écossaise.
- Mais…
- Oui ?
- Pourquoi moi ?
- Mais pourquoi pas toi, mon petit père ?
- Mais…
- Oui ?
- C’est injuste ! !
- Mais c’est le principe, exactement !
- Merci de le reconnaître, intervient Robespierre. Ca nous rendra la tâche plus facile et mon retour sera ainsi assuré.
- Je ne crois pas que je suis prêt à mourir… je veux dire… je suis encore jeune, et…
- A dire vrai, mes fantômes ont été clairs sur ce point. Tu ne vas pas vraiment mourir, juste… euh… être décapité. Et puis tu vas hanter ces lieux jusqu’à ce que ta haine de l’injustice soit assez forte pour y attirer d’autres personnes, et tu pourras en sortir lorsque tu te montrera avec eux aussi salop, voire plus, que nous l’avons été avec toi.
- …
- C’est bon, c’est compris ? on va pas y passer des heures non plus ! Monsieur Maximilien, je crois que cet honneur vous revient…
- Ah ah ! comme au bon vieux temps, hein ! Robespierre se frotte les mains en lançant un clin d’œil à Fried. On va voir si je ne me suis pas rouillé !
D’un geste parfaitement maîtrisé, il abaisse la manette, sur le côté gauche de l’engin. La pince s’ouvre, et le couperet tombe. La tête d’Antoine, qui n’a même pas eu le temps de crier, tombe dans le panier en zinc avec un bruit sourd. D’une poussée du pied très professionnelle, Robespierre fait basculer le corps acéphale dans le panier en osier prévu à cet effet.
- ça, c’est comme le vélo ! Dictateur un jour…
- mais, et maintenant ? demande Jay qui ne perd jamais de vue les choses matérielles, pourquoi on est pas de retour ?
Comme pour lui répondre, le pont-levis par lequel ils sont entrés s’abaisse, avec le même grincement sinistre.
- eh bien, je crois que la vielle bâtisse nous indique d’elle-même le chemin. Grouillons-nous, j’ai pas très envie de voir mon ex amputé d’une vingtaine de centimètres.
- Si petite ! Bon, alors tu ne le regretteras pas trop… plaisante Jay, égrillard mais légèrement vantard tout de même.
Fried marmonne dans sa barbe :
- Les femmes… toutes des mantes religieuses, des araignées, des goules… Des garces !
Puis, tandis qu’ils passent au-dessus des douves toujours remplies de cet étrange liquide en mouvement, il s’adresse à Robespierre :
- Monsieur, je voulais vous dire que j’avais été enchanté de rencontrer un personnage tel que vous. Je voudrais que vous sachiez que je lutte tous les jours, dans mon monde, pour poursuivre votre œuvre.
- Merci, petit. Ils sont rares, ceux qui comme nous, veulent subsituer la morale à l’égoïsme, la probité à l’honneur, les principes aux usages, les devoirs aux bienséances, l’empire de la raison à la tyrannie de la mode, le mépris du vice au mépris du malheur, la fierté à l’insolence, la grandeur d’âme à la vanité, l’amour de la gloire à l’amour de l’argent, les bonnes gens à la bonne compagnie, le mérite à l’intrigue, le génie au bel esprit, la vérité à l’éclat, le charme du bonheur aux ennuis de la volupté, la grandeur de l’homme à la petitesse des grands, un peuple magnanime, puissant, heureux, à un peuple aimable, frivole et misérable, c’est-à-dire, toutes les vertus et tous les miracles de la République, à tous les vices et à tous les ridicules de la monarchie…
- Euh, d’accord, j’essayerai de me tenir à ce programme…
Ils approchaient de la limite fatidique de la place… Robespierre s’arrête, et glissant une paire de lunettes de soleil Prada dans la paume de Fried, lui adresse son regard le plus pénétrant :
- je suis content moi aussi de vous avoir rencontré, mon jeune ami, vous attestez par votre présence que les âmes sensibles et pures existent. Oui ! elle existe, cette passion tendre, impérieuse, irrésistible, tourment et délices des cœurs magnanimes, cette horreur profonde de la tyrannie, ce zèle compatissant pour les opprimés, cet amour sacré de la patrie, cet amour plus sublime et plus saint de l'humanité, sans lequel une grande révolution n'est qu'un crime éclatant qui détruit un autre crime. Elle existe, cette ambition généreuse de fonder sur la terre la première République du monde ; cet égoïsme des hommes non dégradés, qui trouve une volupté céleste dans le calme d'une conscience pure et dans le spectacle ravissant du bonheur public. Vous le sentez, en ce moment, qui brûle dans vos âmes ; je le sens dans la mienne.
Xuc s’approche de Fried sidéré, et lui passe le bras autour du cou :
- il n’y a qu’un seul moyen de le faire taire… Allez, viens ma poulass on rentre à la maison…
Se tenant par le bras, ils franchissent tous en même temps cette ligne invisible de la place de la Bastille qui marque ici la fin de leur aventure…
Merci de votre attention.
S'il y en a un qui me dit "Tout ça pour ça" dans ses commentaires...
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louise miches
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mardi 31 juillet 2007
soirée écossaise (bannière)
Une bonne idée de Fried, merci vieille soupe...
Alors, pour les lecteurs novices, de gauche à droite :
- Fried, l'anisette à la main
- Ernesto, qui ne s'habille plus comme ça depuis qu'il est délégué CGT
- Jay, de sortie du boulot et qui n'a pas trouvé le temps de se changer dans sa voiture
- Louise (le "Décolleté qui Rend Fou", hein ? merci bien, pour qui passe-je maintenant ?)
- Xuc, Grand Corps Malade style, accompagné de Fantôme n°4 et Fantôme n°2
Publié par
louise miches
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lundi 30 juillet 2007
soirée écossaise (quatrième partie)
Vous me l'aviez réclamée, la voilà, la suite de notre histoire. Mais juste un petit bout, histoire de nous remettre tous dans l'ambiance...
Alors, Antoine, Xuc, Ernesto, Louise, Fried et Jay étaient de sortie ce soir-là pour une soirée écossaise organisée par Louise. Mais une insurrection parisienne généralisée a contrarié leurs plans, et les voilà partis pour la place de la Bastille, se frayant un chemin parmi les manifestants.
Mais arrivés sur la place, ne voilà-t-il pas qu'un événement étrange se produit, et l'instant d'après les retrouve seuls, hors du temps et de l'espace, sur une antique place parisienne, en face d'un bâtiment qui ressemble à s'y méprendre à notre bonne vieille Bastille. Nos héros commencent à avoir légèrement les boules...
Fried marchait déjà d’un pas décidé, la tête haute et droit devant lui (autant que ses deux grammes six le lui permettaient), en direction de la ruine menaçante. Les autres lui emboîtent le pas comme ils peuvent, mais avançant de manière un peu plus circonspecte. Ils ne sauraient dire ce qui les impressionne le plus : avoir vécu ce moment où le temps a semblé s’être arrêté ; le grand bâtiment apparu soudainement devant eux ; la couleur vert blafard de ce ciel en mouvement, tellement étrange qu’il semble artificiel ; ou ce silence oppressant qui alourdit l’air autour d’eux ?…
Xuc sent que quelqu’un le tire par la manche. C’est son fantôme n°2. Il parle d’une voix précipitée :
- N’y vas pas ! n’y vas pas ! ça pue, ça pue je te dis !
Mais Xuc sourit. Depuis le temps qu’ils se fréquentent, il a appris à connaître n°2 : c’est un sacré froussard. D’une grande sensibilité, mais pas plus de couilles que l’auteur de ce texte…
- mais t’en fais pas, tout ira bien… De toutes manières, je ne crois pas que tu risques grand’chose…
Ce qui fait se retourner Antoine :
- c’est à moi que tu parles, Xuc ?
- mais non, je te parle pas… rappelle Xuc d’un ton d'évidence lassée. N° 4 ajoute en ricanant :
- et puis qui lui parle, à celui-là ? peut-être d’ailleurs que vous trouverez moyen de bientôt vous en débarrasser ?
- ta gueule ! je serais pas fâché de me débarrasser de toi aussi !
Antoine se retourne derechef. Seraient-ce des larmes, poignant dans ses grands yeux étonnés ?
- mais JE NE TE PARLE PAS à toi, merde !
Le pauvre garçon se met à trottiner pour mettre le plus possible de distance entre lui et ce fou qui parle tout seul.
- Xuc, c’est moi, c’est n°3. Ecoute, j’ai des infos, je peux pas révéler mes sources, mais n°2 a raison, pour une fois : ça pue. Y a un truc pas clair là-dessous. Je sais pas encore quoi, mais j’y travaille.
- Une pause. Le cœur de Xuc se serre malgré lui, tandis que le petit groupe, Fried en tête, se rapproche dangereusement du bâtiment menaçant.
- En attendant que je trouve ce qui cloche… Fais gaffe à toi.
Si même n°3 a la frousse, c’est qu’il se passe quelque chose d’important. C’est peut-être le moment d’en parler aux autres ? Ils vont jamais le croire, ils vont se moquer de lui… Il faudrait en parler à Louise en premier. Une femme, c’est certainement plus compréhensif… Xuc réfléchit. Non, en fait, pas Louise. Les vannes qu’elle lui avait balancées lorsqu’il lui a expliqué comment construire la Machine à contredire le hasard, il s’en souvenait encore, elles faisaient comme de petits liens, serrés forts et qui font mal, autour de sa créativité. Xuc est un homme sensible.
Il en était là de ses réflexions lorsque Fried, qui marchait toujours en tête, s’arrête. Le groupe était arrivé au bord des douves, et le pont-levis était baissé.
- ça c’est bizarre, constate d’une voix étrangement nouée Ernesto, qui a l’habitude de forcer les portes des squats.
Au moment de rentrer dans l’enceinte du château, cette pause est la bienvenue. Ils auraient volontiers fait le point, mais ils n’ont rien à se dire. Ils se regardent, vaguement inquiets, sauf Jay parce que c’est un homme, et Fried parce qu’il est investi d’une mission historique. Ce dernier semblant d’ailleurs sur le point de prendre la parole pour une harangue mobilisatrice, Louise se décide à franchir le pont-levis. En silence, tout le monde la suit.
Les douves, sous le pont qui frémit et qui craque sous leurs pas, ne sont, hélas, pas vides. Une sorte de liquide, mais en plus épais, y fait montre de son débit tellement rapide qu’il confine à l’irréel. L’eau ( ?) des douves reflète le ciel, donc cette couleur verte qui semble tout imprégner ici. De temps en temps, des bulles éclosent à la surface, tranquillement, nullement inquiétées par le cours de plus en plus rapide du liquide nauséeux…
En évitant de regarder ce qu’ils traversent, nos héros pénètrent dans la cour principale du bâtiment. Une petite cour, ni très large ni très longue. Ils en atteignent très vite le centre et de là peuvent jeter un regard circulaire aux murs sinistres qui se dressent, menaçants, autour d’eux. Peut-être est-ce dû aux épaisses murailles de pierre, mais l’air semble s’être rafraîchi brusquement, sans perdre pour autant ce poids curieux qui les oppresse particulièrement, au point que même Antoine ose à peine laisser échapper un cri lorsque dans un sinistre bruit de chaînes rouillées le pont-levis se referme sur eux.
Ils sont pris au piège de la Bastille…
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louise miches
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vendredi 22 juin 2007
soirée écossaise (troisième partie)
Nous sommes donc à Paris. Une traditionnelle bande d'amis avait prévu de se réunir pour une soirée à thème -une soirée écossaise. Seulement, ils rencontrent quelques difficultés pour se réunir, la Commune de Paris semblant vouloir ressusciter...
Nous avions laissé Antoine, Louise et Ernesto dans l'escalier pour descendre en manif, Jay dans les embouteillages, Xuc dans une cabine téléphonique et Fried au bistrot...
La petite horde déboule dans la rue, pleine d’enthousiasme, Antoine en kilt, Ernesto jouant du mélodica (piqué à sa petite sœur), dans de vaines et pitoyables tentatives pour le faire passer pour une cornemuse. La rue est vide. Personne. Chose plus curieuse encore, les bagnoles sempiternelles garées sur le trottoir sont parties elles aussi. Sauf deux ou trois, tellement pourries qu’on se demande si elles ont un propriétaire. La pluie est maître du pavé. Et elle ne s’en prive pas, ruisselante, battante et rabattante.
Sans perdre leur allant, les trois camarades se dirigent vers les boulevards qui mènent à République. Au fur et à mesure qu’ils se rapprochent de ces fameux Grands Boulevards, les rues commencent à se peupler. Des gens ici ou là, qui marchent, qui bravent la pluie. Des groupes aussi, qui marchent, qui hurlent pour discuter par-dessus le bruit de la pluie. Atmosphère genre rassemblement pacifiste à la place de la Concorde. Rien de bien révolutionnaire. Louise se sent légèrement ridicule en tenue de casseur. Bah, elle trouvera bien un black bloc en route…
Ils sont arrivés sur les Grands Boulevards. Remplis de quidams, vides de voitures. Tous les Parisiens motorisés semblent avoir quitté Paris. Ernesto explique qu’il a un pote sur le périph ouest, et qu’ils ne laissent passer aucune caisse intra muros. Par contre, ils laissent sortir… Anticolbertisme… Tout ça fait que le vieux cri " Paris est à nous " pétille au fond de la gorge de chacun sur les Grands Boulevards ce soir-là.
La scène est fantomatique. Les gens sont tous dehors, nombreux, ils marchent, courent, chantent et crient certainement, mais le bruit torrentiel de la pluie annihile le moindre son, et ne permet qu’une visibilité réduite… Tout est gris, sans odeur et sans bruit.
Sans bruit ? Ernesto et Louise dressent l’oreille, il leur semble reconnaître une chanson familière… Air connu : c’est la Marseillaise anticléricale ! Ils se retournent vers l’origine de ce bruit formidable qui surpasse celui de la pluie, s’attendant à trouver au moins les All Blacks et l’Armée Rouge, seuls à pouvoir sortir de leurs coffres un son plus puissant encore que celui de la colère du ciel.
A leur grand étonnement, leur stupéfaction, ils reconnaissent à travers les rideaux de flotte leur vieux Fried, la bouche ouverte, les bras levés et les doigts de la main gauche tendus en signe de victoire. L’autre main tient une bouteille d’une anisette bien connue. Et autour de lui s’agglutine la chorale la plus improbable jamais montée. Quelques clochards, de divers âges et diverses tailles, plus des paumés semi-clochardisés, quelques êtres étranges en voie de clochardisation, et des ivrognes à moitié clochards, et aussi bien sûr plusieurs clochards complètement ivres.
Et au milieu de cet échantillon, Fried, toujours élégant, exulte, chante et luit, rouge à faire peur, seule tâche de couleur sous cette pluie, grise, grise.
Le spectacle est magnifique. Louise et Ernesto décident d’un commun accord d’attendre la fin de la chanson avant de briser le charme. Antoine n’y voit rien à redire. Parmi le flux humain de plus en plus serré qui se dirige vers République, nombreux sont ceux qui s’arrêtent un instant, bouche-bée, pour contempler le tableau. Certains rigolent, mais sans méchanceté. Beaucoup repartent en remuant les lèvres, semblant fredonner une chanson, répétée à l’envi et démultipliée, que même l’orage devra bien finir par laisser entendre…
A la fin du dernier couplet, Fried laisse retomber ses bras et baisse la tête en un salut très class. Ca lui fait perdre l’équilibre, ce qui est dommage, mais Ernesto le rattrape, ce qui limite les dégâts.
Louise s’approche à son tour, elle commence à l’engueuler sec pour son retard. Mais Fried pose ses mains sur ses épaules, la regarde un long moment.
- Je vais t’expliquer quelque chose que tu ne sembles pas comprendre, Mademoiselle.
Il redresse la tête, bravant la pluie et l’orage, et hurle :
- Citoyens ! La patrie est en danger ! Des troupes nombreuses s’avancent vers nos frontières. Tous ceux qui ont en horreur la liberté s’arment contre notre constitution !
Louise comprend alors de quoi il retourne… Inutile d’insister. Fried lève le bras, écarte sa veste et ouvre sa chemise pour se dénuder le torse :
- Citoyens, la Patrie est en danger ! Que ceux qui vont obtenir l’honneur de marcher les premiers pour défendre ce qu’ils ont de plus cher, se souviennent toujours qu’ils sont Français et libres !
Ils se dirigent tous ensemble vers la place de la République, que l’on pourrait presque apercevoir d’ici s’il ne pleuvait pas. Au départ suivis, entourés, précédés et disons… comme transcendés par la crème des fidèles de Fried, toujours chantant, ils font sensation. On s’écarte sur leur passage, on leur fait des haies d’honneur, on les applaudit. Antoine se cache, rongé par la honte. Fried est rayonnant, marche en tête. C’est lui donc le premier de nos héros à mettre le pied sur la place de la République, en cette soirée d’insurrection.
La place est remplie comme pour un de ses meilleurs premier Mai. Des milliers et des milliers de personnes, serrées les unes contre les autres, se tiennent chaud sous la pluie froide qui ne parvient plus à pénétrer cette étendue humaine.
Notre petit groupe s’organise, s’accroche par les vêtements, les cheveux, les ceintures, pour ne pas se perdre. Fried entame son répertoire de chansons politico-paillardes sous la III° République (mais où va-t-il chercher tout ça ?) et rien ne le fera plus revenir dans ce monde-ci.
Rien, à part peut-être une voix familière qui le hèle depuis l’entrée de la rue du Temple :
- Fried ! eh ! Fried, mon vieux ! on t’entend depuis l’IRCAM !
C’est Xuc, évidemment, qui a décidé d’envoyer balader et Jay et la cabine téléphonique pour faire ses premiers pas dans le vaste monde insurrectionnel et suivre la petite manif du Centre Pompidou qui rejoignait, comme les autres… la place de la République.
- Tiens... Ci-devant Citoyen Xuc… tu viens d’où ? Du Camp de Jalès ?
- Bah, non… des Halles…
- Hum… et tu peux prouver que tu n’as pas signé le manifeste de Pilinitz ?
- Qu... Quoi ?… Louise ! Ernesto ! Vous avez pas vu Jay ?
- Salut Xuc, tente Antoine.
Louise :
- Il est encore plus en retard que toi, bravo !
- Non, mais attends… je t’explique, mais… Fried, il va bien ?
- Laisse, nous aussi on t’expliquera… Toi d’abord, déroule tes excuses !
- Attends, c’est pas ma faute ! j’étais coincé dans une cabine devant le Centre Pompidou, et donc j’ai appelé Jay et cet enf…
Pendant que Xuc raconte ses péripéties à ses amis retrouvés, le petit groupe avance tant bien que mal. Ils essaient de ne pas perdre Fried de vue, qui semble avoir pour objectif un peu fou de traverser la place de part en part.
- Il va où, là ?
- Bah… à la Bastille…
- A la Bastille ? Pourquoi ?
- Laisse, on t’expliquera…
Fried tente vaillament de frayer un chemin parmi les ultras de l’AFUB (Association française des usages de banque –(sic)-) qui, par réflexe corporatiste sans doute, se sont regroupés serrés serrés. On les entend chuchoter des trucs cabalistiques, genre de secrets d’initiés sans doute. Que peuvent-ils se raconter d’autre ?
Après avoir atteint non sans mal l’autre extrémité de la place, on respire un peu mieux sur le Boulevard du Temple. Grisés par l’espace et l’oxygène, le petit groupe se met à courir. Fried et ses vaillants guerriers du zinc suivent en se rajoutant un handicap : ils doivent passer entre les gouttes… Avec son mélodica, Ernesto imite plus ou moins le mégaphone des leaders trotskistes, et on a pu voir, de la place de la République à la place de la Bastille, notre petit groupe s’amuser à s’arrêter, s’accroupir, sauter et courir sur un simple geste du type au mégaphone, comme aux plus riches heures des manifestations étudiantes.
A à peine 100 mètres de l’entrée de la place de la Bastille, alors qu’Ernesto motivait ses troupes pour un baroud d’honneur et un sprint final, une petite voiture blanche, modeste mais elle pète quand même, déboule à toute allure d’une rue adjacente, et s’arrête en dérapage contrôlé à 4,5 cm de Fried, qui se vote une lampée d’anisette pour s’en remettre.
C’est Jay, évidemment. Le Tout-Paris l’aura reconnu. L’Aldo Maccione de l’électroménager international se penche par la fenêtre :
- Bah, Xuc, quoi ! Je te cherche partout depuis les Halles ! Grouille-toi de monter, j’ai pas le droit de stationner ici !
- Monter ? pour aller où … ?
- Quoi ? La soirée écossaise est annulée ?
Quelques explications plus tard, Jay est allé garer sa caisse dans le parking privé d’une jeune femme de sa connaissance, non loin de là, rue Voltaire.
- oui, c’est quelqu’un de fort serviable. Elle me laisse garer ma voiture dans son parking quand je le désire.
Secrètement, Antoine admire Jay, et soupire. Ce qui énerve Louise aussitôt :
- En route, Ernesto ! Fried ! Mobilise ta chorale, on part à l’assaut de la Bastille !
- Sus à l’Autrichienne !
D’un même élan fraternel, se touchant de l’épaule et se poussant du coude, Jay le premier évidemment, mais en se forçant à ralentir pour ne pas trop les distancer, et, légèrement en arrière, Xuc qui traîne Fried qui commence à fatiguer un peu, les six amis et leur sillage d’ivrognes se ruent vers l’aboutissement du boulevard, et déboulent sur la place de la Bastille.
Et stop. Instantané. Tout se fige, quatre ou cinq secondes. Ils sont suspendus en l’air, ou sur un pied, incapables de bouger.
Pendant ce bref moment, ils n’ont rien vu, rien entendu et rien senti. Tout était gris.
Et puis ils retombent, reprennent pied sur le macadam parisien. Enfin, au lieu du macadam, ils atterrissent sur de gros pavés mal dégrossis, où Xuc manque de se casser la cheville.
- Tiens ! il ne pleut plus ! remarque Antoine, alors que se dresse devant eux, à la place de la place en quelque sorte, un bâtiment en pierre, avec des tourelles aux coins, reliées par des murailles hautes d’une vingtaine de mètres au moins, avec des créneaux, des douves aussi larges que les murailles sont hautes, un château en somme. Presque un château écossais.
Le ciel est d’une vague couleur verte qui donne à leur visage un teint encore plus blafard, plutôt inquiétant. Ils se regardent, sans oser parler tellement l’air est silencieux.
- Tiens ! où sont passés les ivrognes ? demande Antoine. Ils ne sont plus avec nous !
L’air est silencieux et lourd, certes, mais avec comme une vague rumeur en bruit de fond.
- ça fait comme du bruit blanc amplifié, avance Xuc, histoire que quelqu’un dise enfin quelque chose.
Ses paroles résonnent bizarrement dans l’épaisseur de l’air qui les enserre comme dans une pièce insonorisée, semblant laisser se répandre le son à contre-cœur.
Nullement impressionné par le changement brusque de décor, Fried achève sa dernière bouteille, rote un coup et la balance par-dessus son épaule. Elle explose sur les pavés sans faire plus de bruit que si elle était tombée sur un tapis.
- Bon, on y va ? Elle est là, la Bastille, devant nous ! On attend quoi ? De devoir courir jusqu’à Varennes ? Sus à l’envahisseur ! Sus à la Bastille ! Je vote la mort du roi et vive la Sociale !
Les quatre autres se regardent : La Bastille !
Antoine, lui, regarde la Bastille et s’interroge :
- la Bastille ?
Mais où ont-ils donc atterri ? Que vont-ils découvrir dans ce lieu hors du temps, et hors des règles de la physique, comme dans toute nouvelle de Lovecraft qui se respecte ? C'est à ce moment qu'on dit : à suivre...
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lundi 11 juin 2007
soirée écossaise, deuxième partie
Et voilà la suite de l'histoire, que mes trois lecteurs (deux ?) attendent avec une impatience non dissimulée (je suis très perspicace...). J'ajoute ici à l'attention de ces lecteurs et des éditeurs potentiels, que c'est une histoire inventée presque au fur et à mesure, et qu'elle sera soumise à des retouches d'ordre général lorsqu'elle sera terminée.
Sur ce, bonne lecture !
La pluie tombe de plus en plus dru. Même les traditionnels clodos des Halles ont disparu. Quelques passants courent ça et là vers des abris provisoires ou définitifs à défaut d’auspices meilleurs, le vent qui se lève donne à l’ondée une allure de vague, une forme de rideau, ou de… Réfugié dans la cabine téléphonique, Xuc a vaguement le blues. Ses fantômes se sont fait la malle avec le dernier carré de ciel bleu, et la cabine téléphonique a une fuite dans le toit. Il reçoit des petites gouttes sur la tête, comme dans le célèbre supplice chinois. Mais curieusement, ça le soulage plutôt ce plic-ploc sur, et dans son crâne. L’eau lui coule dans le cou, mais il est déjà trempé, de toutes manières. Il se demande comment Jay va faire pour le rappeler, peut-être à la cabine ? De toutes façons, il ne peut pas se risquer à aller à pied chez Louise avec ce temps. Il cherche désespérément dans les recoins de son cerveau fertile son fantôme n°3, le plus débrouillard, le petit combinard, le plus malin, qui serait susceptible lui au moins d’avoir une idée de génie pour le sortir de là. Impossible en plus d’appeler Louise, il a flingué sa carte téléphonique en appelant un portable (ça coûte 3 unités au lieu d’1, un vrai scandale !), et il n’est pas encore passé à la Carte bleue. Il a promis de s’en occuper un jour, mais il faut d’abord qu’il s’inscrive à la Sécu, et cet aspect de ses relations avec la normalité sociale lui a semblé plus important que des trucs de cartes bancaires. Et donc, pas trop de paperasse à la fois… Il a le temps de remâcher toutes ses erreurs passées, de dire : " si j’avais su ", " si je pouvais "… Il est un peu seul au monde, dans sa cabine téléphonique fièrement dressée sous la pluie battante, sur une sorte de trottoir qui est en train de se transformer en torrent, charriant des hectolitres d’eau sale de la saleté de la capitale. La cabine n’est pas étanche, la pollution parisienne sous forme liquide rentre par les trous des Doc de Xuc… Il ne peut quand même pas sortir, ce serait stupide, si Jay appelle !
- Jay, appeler ?
C’est fantôme n°4 qui rigole dans sa barbe.
Il ne peut tout de même pas sortir, ce serait de la folie…
- Eh mon gars ! tend l’oreille !
- N°3 ?
- Ecoute, bon sang !
A ce moment précis, Xuc entend une vague rumeur qui monte par la rue Rambuteau, surpassant de son inquiétante intensité le terrible déferlement de l’orage…
Le sous-chef de cabinet du service Produit d’une grande chaîne d’électroménager internationale est présentement dans le couloir, face à la porte fermée à double tour de l’extérieur de son bureau. Il est en bras de chemise, ayant quitté un peu précipitamment la pièce, il n’a eu que le temps de saisir son baise-en-ville. Il frappe doucement à la porte.
- Mademoiselle… Vous êtes là ? Ecoutez, il se fait tard, je vais devoir y aller, mes amis m’attendent. Merci beaucoup pour la jupe, je vous la rend demain. Comme vous semblez vouloir aller vous coucher, j’ai pris la liberté de prévenir l’accessoiriste du service Relation avec les gros clients de monter vous préparer un lit. Mademoiselle, ça va ?
Et comme Jay, ça c’est un homme, il ajoute :
- je vous laisse ma veste. Mettez-la donc si vous avez froid…
Il descend en sifflotant au parking. Il s’amuse à faire le chemin les yeux fermés. Il démarre la bagnole, Ouï FM à fond. Il ouvre les yeux pour sortir du parking, parce qu’il ne faut pas déconner quand même.
Il salue le gardien du parking quand il passe en trombe devant sa guérite.
- Mes amitiés à votre femme ! il lui jette par la fenêtre grande ouverte, un peu inquiet quand même parce que le gardien le regarde d’un air féroce. Comme les flics et les avocats, il est toujours bon d’avoir un gardien de parking parmi ses relations.
Jay –AKA Sex Much- se cale son kit piétons dans l’oreille. Au feu rouge –car c’est un conducteur prudent –il compose un numéro pourtant préenregistré.
- Fried ? c’est moi !… T’es chez Louise, là ?… Ah, dans cinq minutes, je vois… Ecoute, je viens de partir du bureau, j’ai été retenu par un petit incident… Je suppose que tu es avec Xuc ?… Quoi ? mais il m’a dit qu’il était aux Halles… Très juste… Bon, bah du coup je sais pas à quelle heure j’arriverai.
D’un coup de volant, Jay fait demi-tour en franchissant une ligne blanche. Direction les Halles. Il appuie sur l’accélérateur. Tant pis pour la pluie, quand un ami est dans le besoin, on fait rugir la Muchine ! Jay se sent légèrement grisé par la vitesse. Il était en train de fouiller sous son siège, à la recherche de la bouteille de Mélange Spécial soirée étudiante qui devait être dans le coin, lorsqu’il est obligé de freiner sec, dans un crissement de pneus du plus bel effet. L’entrée du périph’ est complètement bouchée, elle dégorge de bagnoles, impossible de passer. Jay s’apprêtait à faire admirer à toute la banlieue nord sa célèbre marche arrière, lorsqu’il s’aperçut que des couillons étaient venus s’agglutiner juste derrière lui. Il était bel et bien : coincé dans les embouteillages !
- Ouais, Fried (voix d’outre-tombe)… c’est encore moi… je suis coincé dans les embouteillages… Ouais bon ça va : je suis coincé dans ces saloperies d’embouteillages !… Quoi, quelle grève générale ?… Merde, écoute, tu peux dire à Xuc de patienter, j’arrive aux Halles dès que je peux. Il peut compter sur moi ! (dit-il en serrant les poings et en écartant une mèche rebelle de son front pur)… Mais comment ça t’es pas avec lui ?
Chez Louise.
- ils n’arriveront jamais, ils n’arriveront jamais !
- mais si, ils arriveront, je te le promets…
- mais non !
- mais si…
Pour la première fois depuis trois ans, Ernesto est bien content d’être célibataire. Au lieu de suivre cette passionnante conversation entre Antoine et Louise, il extirpe son téléphone portable du fond de son sac à dos où il l’avait planqué (Louise avait dit : pas de portables, on est entre nous, on est en Ecosse, et en Ecosse, les portables français ça passe pas). 13 sms. 9 messages voix. Il se passe un truc. Il pianote comme un fou.
- tu me prends pour une gamine !
- mais non, arrête, je te prends pas pour une gamine, qu’est ce que tu dis ?
- arrête de répéter tout ce que je dis !
- mais je répète pas tout ce…
- Louise !
C’est Ernesto qui fait irruption, les yeux hagards, dans la cuisine.
- Louise ! c’est la grève générale !
Il a le portable à l’oreille. Antoine objecte :
- bah oui, je l’ai entendu sur Europe 1 en allant au boulot ce matin. Il en ont parlé hier soir aussi, vous étiez pas au courant ?
Louise redresse la tête, un quart de sourire qui commence à se dessiner au coin de ses joues inondées :
- Ernesto ?
Il sourit pareillement.
- c’est la grève générale !
Antoine est un peu paumé :
- bah oui, c’est pour protester contre la politique sociale, enfin la loi sur les finances du nouveau gouvernement...
Ernesto commence à avoir un peu pitié :
- c’est la grève générale, la vraie. Tout le pays est paralysé, les gens sortent dans la rue, les transports n’ont pas repris à 20h, j’ai un pote qui est à Gare du Nord, il me dit qu’il pique-nique sur les voies avec les cheminots. C’est la grève générale ! Tout le monde descend en manif !
- En manif ? Il pleut !… Louise ?
Louise est dans sa piaule. Trois secondes plus tard, elle en ressort en tenue de combat : anorak, short et collants noirs. Un foulard autour du cou. Elle enfile ses pompes de rando. Ernesto saute sur place, le portable toujours à l’oreille :
- les NMPP ont débrayé aussi ! Y font des feux de joie avec les éditions de demain et se grillent des clopes avec les journalistes ! Y aura plus de Figaro ! !
- Louise ? qu’est-ce que tu fais ?
- Met tes chaussures, mon colon, l’histoire est en marche !
- Y me disent qu'y a un rassemblement de ouf’ à Répu !
Ernesto tente de s’habiller tout en écoutant son téléphone :
- Louise ! on va à Répu ?
Antoine :
- Répu ?... La place de la République ?
- Ça marche ! C’est tout près, et de Rép’ on pourra descendre à la Bastoche ! On l’aime bien !
Ernesto, hilare :
- Qui ça ?
- Nini peau d’chien !
- Où ça ?
Ernesto et Louise, en chœur :
- à la Bastooôôoche !
Ils sont déjà dans l’escalier.
- Attendez-moi !
Tiens, ya un changement de propriétaire au P’tit creux du Faubourg. Bah, il est à peu près pas trop en retard, il a le temps de s’en jeter un petit. Fried, c’est quelqu’un qui sait profiter de la vie. Et les derniers Ricard qu’il a bu remontent à loin… au moins une demi-heure, le temps du trajet en métro depuis chez lui. Après toutes ces émotions, il a bien le droit à un petit remontant… D’autant qu’en Ecosse, quel scandale, ils ne connaissent certainement pas le Ricard. Tsss… Feraient mieux de s’intégrer pour de bon à l’Union Européenne, on aurait des choses à leur apprendre, question savoir-vivre !
Au moment où il allait faire une démonstration en acte de la supériorité de la culture française sur la culture écossaise en entrant dans le bistrot, Fried est interrompu par la sonnerie de son téléphone. Il est de bonne humeur, il répond. C’est Jay.
- Hum ?… Non, j’y suis dans cinq minutes… Qu’est-ce que ça peut me foutre ?… Bah non, je suis tout seul… Mais je peux pas être aux Halles, je suis à cinq minutes de chez Louise ! !… T’es con, parfois… Ouais bah ok.
La vie est belle ! Jay est en bagnole, il est pas prêt d’arriver avec tous ces connards qui vont prendre le périph’ à l’heure de pointe et un jour de grève, Xuc est paumé aux Halles (mais qu’est-ce qu’il fait là-bas ?)…
- il semble donc que votre serviteur a parfaitement le temps de s’occuper un peu de sa santé…
Il pousse les portes.
- salut la compagnie ! Eh bah mon vieux, à l’intérieur au moins il pleut pas.
Il s’accoude.
- Patron ! un p’tit Jaune pour fêter ça !
- Pour fêter quoi ? lui demande un type assis sur un tabouret pas trop loin de lui.
Fried l’examine des pieds à la tête. C’est pas brillant, à moitié clodo l’ivrogne. Et vraiment pas beau, par dessus le marché.
- le fait que tous les hommes soient nés égaux, citoyen ! et toi aussi, si si ! Allez, je te l’offre, c’est pour moi ! Ah… En 92 mon gars on chipotait pas pour savoir si c’était beau ou laid, si tu sentais le cul ou l’eau de Cologne. Il suffisait d’aimer la patrie ! et on était tous frères ! Est-ce que tu es un patriote, citoyen ? à la manière dont t’as descendu ton sirop, aucun doute ! A la bonne heure ! Patron, la p’tite sœur ! Et voilà, vas-y, tête… Encore deux que les Prussiens n’auront pas.
- Ça…
- Allez, en avant citoyen ! Allons voir dans le troquet d’à côté y prendre la température du sentiment national…
Ils sortent en titubant, légèrement. La pluie s’est tellement intensifiée depuis leur entrée qu’ils ne s’attardent pas à choisir le bar. Ils rentrent dans le premier qui se présente. Fried aurait voulu aller chez Louise directement, il aurait pas pu. Avec cette pluie, c’est pas humain quand même…
Dans le bar, il réussit à convaincre deux ou trois paumés de ce que les Vendéens étaient réellement une menace pour l’approvisionnement du pays en anisette. Il est tellement convaincant qu’il réussit à s’inquiéter lui-même et convainc à son tour le patron de lui céder, à prix d’or (" c’est pas grave, ça vient de la vente des biens du clergé "), ses deux bouteilles de réserve plus celle déjà entamée derrière le bar. Et comme du coup, ils n’ont plus rien à boire, Fried et sa petite troupe, l’œil brillant et la démarche chaloupée, s’engouffrent tant bien que mal dans le bar d’encore à côté.
Ils ruissellent de flotte, mais ils sont heureux, unis dans la liesse révolutionnaire. Ils rencontrent cette fois-ci quatre paumés que la République remettra dans le droit chemin. Il y en a même un à qui " Valmy " ça dit vaguement quelque chose. Fried saute sur l’occasion, écluse son quinzième godet et l’attrappe par le col.
- Valmy, oui, mais Valmy ! mon pauvre ami ! ci-devant citoyen, reprend-toi ! Valmy n’aura jamais lieu sans la prise de la Bastille !
Il vide le verre de son voisin et grimpe tant bien que mal sur le bar, aidé par le patron qui ne veut pas le voir s’écrouler dans les bouteilles. Fried renonce d’ailleurs à se mettre debout, il comprend parfaitement que, par une absurdité technique due certainement à la gauche et aux 35 heures, le bar n’est pas droit et qu’il bouge.
Du coup, il déclame à quatre pattes (ce qui a un peu moins de gueule, mais sur l’auditoire présentement rassemblé, ça a l’air de faire son petit effet)
- Peuple français !
Il a toujours rêvé commencer un discours comme ça… Il se dresse sur les genoux.
- Peuple de France ! Citoyens ! les autres vous font des promesses, nous nous les tenons. Et je vous le dis : le 4 août nous abolirons les privilèges !
Longues acclamations, accompagnées des applaudissements polis du patron, qui commence à se demander s’il doit appeler la police ou le 115.
- mais aujourd’hui, mais maintenant, citoyens ? Des citoyens sont enfermé par les curés, les royalistes et les Prussiens dans leurs cachots au fond de la Bastille ! La République doit-elle laisser ses fils moisir dans les oubliettes corrompues d’un Ancien Régime en putréfaction ?
Quelques " ouais " pas très convaincus dans la salle… Fried en profite pour reprendre un peu de carburant.
- Je dis non ! Non ! Nous ne laisserons pas faire cette infamie ! Citoyens ! des citoyens nos frères ont besoin de nous ! Je dis : à la Bastille ! A la Bastille ! Qui vient avec moi ? Y aura des filles et du Ricard !
Dans une clameur générale, l’ensemble de la petite troupe sort fièrement du bar derrière son chef (quelque peu ecchymosé suite à sa descente du bar, rapide car enthousiaste !). Ils ne sont plus capables de tenir sur le trottoir, alors ils marchent au milieu de la route, en chantant la Marseillaise anticléricale. La Révolution vient de commencer.
Mais enfin, l'intrigue va-t-elle commencer ? Nos héros parviendront-ils à se rejoindre finalement, pour cette grande fête du kilt et de la cornemuse tant attendue ?
Vous le saurez en lisant, etc.
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jeudi 7 juin 2007
soirée écossaise, première partie
Ce soir, c’est soirée écossaise chez Louise. Fried y va les mains dans les poches. Il est persuadé que c’est encore un coup pour leur faire écouter les Pogues. C’est écossais, les Pogues ? Irlandais ? Boh… de toutes manières, ce soir, même à Paris il pleut. Il ne lève pas la tête vers la terrasse de l’Hôtel Brébant, il se prendrait des gouttes dans les lentilles. Mais ça serait chouette quand même d’habiter à l’hôtel. Un hôtel dont la terrasse donnerait sur les grands boulevards. Chez Louise, c’est tout petit. Et c’est elle qui fait le ménage, et pas tous les midis. Mais il y fait chaud. Et il y a les copains, les sourires. Et ces putains de soirées à thème. Il se souvient de lui bourré comme un Polack à la soirée tchèque, à cause de la bière, " la meilleure du monde ", qu’Ernesto avait ramené de là-bas par hectolitres. Il avait vomi sans même plus se souvenir de ce qu’il avait mangé, un truc infâme à base de beurre. Genre gâteaux arabes mais en salé, et en tchèque. On mange quoi, en Ecosse ? Ya pas une histoire de panse de brebis farcie avec un truc encore plus lourd ?
Au petit appart parisien de Louise, dans le 9°.
Elle est survoltée.
- j’ai mes règles, ou un truc comme ça, non ?
Antoine regarde par terre. Ernesto s’apprête, indécis, à rigoler.
- c’est comme ça qu’on dit, non ? Quand une femme est énervée ? Ou plutôt, mais oui… Que suis-je bête, je fais une crise d’hystérie, c’est ça ?
Ernesto bat en retraite. Antoine en a marre. Trois mois qu’il se tape cette nana lunatique avec ses histoires de fous, ces problèmes à coulisse… Sans avoir réussi à la sauter. Toujours non, toujours une bonne raison pour remettre à une autre fois, un autre soir. On a le temps, on est pas pressés…
- j’ai le droit d’avoir mes problèmes, moi aussi, non ? J’ai pas le droit, c’est ça.
Elle a fait au moins trois kilos de truffes au chocolat. Antoine tente une diversion :
- c’est pas soirée écossaise, ce soir ?
- et alors ? ils mangent pas de truffes en Ecosse ? Et merde, j’ai brûlé le chocolat !
- de toutes façons, yen a assez, là. On va encore être malades.
A l’autre bout de Paris, il pleut aussi sur la bibliothèque de l’IRCAM. Au niveau du vocabulaire, après 600 pages de ce bouquin en anglais, Xuc est prêt pour la soirée écossaise. C’est au point de vue du timing que ça risque d’être un peu serré. Pas un métro, pas un bus, putain de grève générale. Si elle arrive pas dans cinq minutes, il aura plus d’une heure de retard. Mais elle peut pas être en retard, avec un si joli accent… Si elle avait été écossaise, il aurait pu la ramener chez Louise, mais s’il arrive avec une Canadienne, ils vont tous se foutre de sa gueule. Les soirées à thème, c’est sacré. Les passants le regardent un peu bizarre, parce qu’il explique tout ça à voix haute à son fantôme n°1. Xuc, c’est un mec qui n’est jamais seul. Toujours deux ou trois fantômes avec qui tailler le bout de gras. Tiens, c’est un fantôme qu’il pourrait ramener ce soir, en disant qu’ils ont fait connaissance dans un château en Ecosse, et… On le croirait pas. Personne ne me croit jamais quand je parle de toi, il explique à fantôme n°1. Ou des autres d’ailleurs. Mais qu’est-ce qu’elle fait ? Pourquoi j’ai accepté de lui traduire son devoir ?
- c’est parce que t’es trop gentil. T’as une tête d’attrape-couillon, tout le monde profite de toi.
Xuc, lassé, fait signe à fantôme n°1 de le débarrasser de fantôme n°4. C’est le pire, le plus méchant, un vrai crache-vipères. Mais n°1, ça c’est un vrai pote. Toujours là quand on a besoin de lui. Merveilleux. Il ne lui manque plus que la patente pour conduire un taxi. Rien à faire, il n’arrivera pas à l’heure. De guerre lasse, il rentre dans une cabine téléphonique. Il se résout, c’est un cas d’extrême urgence, à sortir le plan J.
- ouais, allo Jay ? c’est Xuc, là… Ouais, dis-moi, je suis coincé à Pompidou, là… Non, le Centre Pompidou, le truc culturel près des Halles. Je pourrais jamais être à l’heure chez Louise, elle va me passer un savon, tu veux pas venir me chercher en Sexmobile ?
A la Plaine Saint-Denis, le sous-chef de cabinet du service Produit d’une grande chaîne d’électroménager internationale fait un clin d’œil à sa secrétaire qui vient déposer une pile de trucs sur son bureau. Elle porte une jolie jupette écossaise, un peu courte, certes, mais parfaitement plissée. Ca lui donne une idée.
- écoute, mon vieux, je suis un peu charrette là moi aussi, je sais pas trop là… A quelle heure je finis ? mais je sais pas moi… Une fourchette horaire ? mais non, je t’assure j’en sais rien !
Il fait signe à la secrétaire de rester et lui fait comprendre, portable calé entre l’épaule et l’oreille, d’enlever sa jupe. La petite comprend très vite (l’habitude ?).
- on dit que je te rappelle quand j’ai fini, non ?… ah ouais, t’as pas de portable…
La secrétaire a disparu sous le bureau.
- je te rappelle dans une demi-heure.
Il raccroche.
- mademoiselle ? mademoiselle ? mais que faites-vous sur la moquette ? Non, je voulais juste vous demander… Ce soir, voyez-vous je suis invité chez une vieille amie, et, -je l’admets c’est une manie qui peut surprendre- elle organise des soirées à thèmes. Et ce soir voyez-vous, comme c’est cocasse, c’est une soirée écossaise, et donc vous comprenez qu’en voyant votre jupe, moi qui travaille toute la journée et qui n’ai rien prévu pour ce soir, je me disais… Mademoiselle ?
Tous les amis réussiront-ils à être à l'heure à l'appart de Louise ? Et que vont-ils amener pour honorer cette soirée écossaise ? Et pourquoi Louise est-elle tant énervée ? Et d'ailleurs, à quel moment ce situe cette histoire ?
A suivre...
Publié par
louise miches
à
23:46
4
protestations avisées
catégorie soirée écossaise


