vendredi 29 juin 2007

Anne-Marie Comparini est certainement une salope...

J'avais lu quelque part que le mot "salope" venait de l'argot des prostituées qui appellaient ainsi les femmes qui se donnaient sans se faire payer, par plaisir... La concurrence déloyale, en fait.
La gent féminine se diviserait en trois parties concurrentes : les putes, les salopes et les bonnes soeurs...

Faites vos choix !

le roman de gare de Claude Lelouch

Quand j'étais ado, j'étais tellement fan d'Il y a des jours et des lunes et de La belle histoire que je m'étais enregistré les dialogues (directement de la télé sur mon vieux balladeur-enregistreur à cassette, viv-e le son, viv-e le son !) et que je me les écoutais dans la cour du collège.


Il m'est resté depuis une coupable lelouchomania qui fait que je vais voir tous ses films, sans jamais les apprécier d'ailleurs. En sortant de la séance, je me dis : plus jamais, oui mais voilà, au Lelouch suivant je me dis systématiquement : allez, quand même, c'est Lelouch, etc. Et on me retrouve à me faire suer dans une salle obscure...


Alors ce coup-ci, c'était "Roman de gare", au Rex. Nous étions 5 spectateurs : un jeune couple, deux copines d'une cinquantaine d'années, et moi, toute seule, comme d'habitude. Autant dire tout de suite qu'il y avait plus d'animation dans la salle que sur l'écran ! Déjà, le jeune couple réussissait le prodige de se bécoter sans vergogne juste sous mes yeux tout en discutant super fort sans interruption... Je me suis longtemps demandée comment ils arrivaient à s'embrasser et à parler en même temps, lorsque j'ai découvert les deux copines assises pas loin. Même la guest-star Moati (dans son propre rôle, of course) n'arrivait pas à les faire taire. Le jeune couple
est parti au milieu du film (mais à mon avis ils étaient un peu jeunes pour aller se finir dans une chambre d'hôtel), ce qui m'a permis de suivre à mon aise la conversation des deux copines.
Elles suivaient/commentaient le film sur le mode "et lui, c'est qui ?", "tu vas voir, je suis sûr qu'il va faire ça", etc. Ce qui m'a permis de constater qu'elles ont dû trouver le film surprenant, car elles se plantaient systématiquement... Ca a mis un peu de piquant à ma séance : essayer de comprendre ce qui se passait sur l'écran, tout en essayant de deviner ce qu'elles comprenaient et ce qu'elles s'imaginaient qu'il allait se passer...
Elles sont parties cinq minutes avant la fin, j'ai fini la séance avec le type du nettoyage qui espérait enfin que je me casse pour finir sa journée...


C'est chouette, un blog, pour raconter sa vie quand on rentre le soir. J'ai plus qu'à prendre un chien pour la présence et je serais une célibataire épanouie...


Bon, bon, il faut que je vous laisse, je vais aller préparer mon sac, demain je quitte Paris jusqu'à mardi. Je vais emmener les mémoires de mes étudiants à corriger au soleil. Là-bas on va certainement organiser un concours de pommettes, les gens que j’y aime sont super fort, mais si certains se sentent d'y participer, envoyez-moi les photos...

mercredi 27 juin 2007

Christian Charrière : La Forêt d'Iscambe

Je viens de finir ce bouquin, pourquoi pas en dire deux mots ?
Dans un futur qu'on espère lointain, une catastrophe (une bombe qui détruit la vie humaine en épargnant le reste) a fait que notre civilisation a péri. Autour de Paris, ville-morte et mythique, une forêt a poussé, qui s'étend presque jusqu'à Marseille. Les héros de l'histoire sont des hommes d'une civilisation nouvelle, type moyenâgeuse (dirigée par un roi et sans technique, armes, électricité et tout le bordel), un peu druidique sur les bords. Poursuivis par les sbires du Bureau Populaire (sorte de Guépéou qui veut les empêcher de découvrir l'ancienne civilisation -la nôtre, donc), ils vont pénétrer la mystérieuse forêt et voyager jusqu'à Paris, où les énigmes seront toutes résolues.
Ce livre m'a fait fortement penser aux écrits d'Henri Vincennot, comme Les Etoiles de Compostelle ou le génial Pape des escargots, un livre très drôle que je conseille à corps et à cris. On retrouve la même spiritualité un peu chiante (descend en toi-même pour trouver les réponses, la découverte de sa propre voie par le voyage initiatique et les épreuves, etc.), les mêmes personnages, notamment le vieux sage complètement fou, sorte de druide ou de guide.
Le livre de Christian Charrière, sans être le meilleur récit de fantasy que j'ai croisé, est d'une lecture agréable. C'est un moment de détente, ce n'est jamais ennuyeux et parfois drôle. L'auteur fait en effet preuve de pas mal d'imagination et les créatures que l'on rencontre dans cette forêt sont souvent attachantes (j'aime beaucoup la limace géante et le "clapatte" -une sorte de petit elfe- qui apprend à parler mais n'arrive à prononcer que les mots "petit pâté").
Ce que j'ai préféré, ce sont les mots de vocabulaire, inventés ou retrouvés, comme le bourrechoux du marmouset qui m'a bien fait rire. Et pour vous donner un aperçu de ce que ce vocabulaire étrange peut donner, voici un extrait. C'est la première rencontre des héros (des laineux, sorte de secte secrète spirituelle) avec le peuple termite :

Evariste se leva et, se dissimulant dans l'angle de la fenêtre, observa à son tour. Devant lui, à une centaine de mètres, c'était un infini pullulement, une foule, une houle de monstrueux insectes en marche, océan cuirassé, mandibulé, nasuté -une multitude aux pétioles qui tanguaient, aux pattes énervées et crissantes et aux antennes dressées comme ajoncs sur le bord d'un étang. Des centaines, oui, des centaines et même des milliers de termites velus, branlus, aux têtes en seringue, en grabauds, en curnules, des milliers de termites craviphères qui estébaient leurs crakis, ondulaient, bignaient, clafoutaient et strattaient sans relâche. De cette masse crapotante montait jusqu'aux narines des laineux une odeur de vieille outre, de glaise noire, de cave et de champignonnière. En première ligne, précédant de plusieurs longueurs le peuple des soldats et des ouvrières, marchaient trois énormes guerriers dont la taille devait certainement dépasser les deux toises, trois gros boutards hirsutes et cuirassés. L'un était armé d'une tête démesurée en forme de tromblon, l'autre de mandibules évoquant par leur aspect la pince unique et rouge des crabes de cocotiers, le troisième montrant au bout d'un arrière-train mafflu et disproportionné un aiguillon si étincellant qu'on l'eût dit de métal."

Sinon, bon dans l'ensemble, on dirait que l'auteur a lui-même pris l'écriture de son livre comme une farce et un moment agréable, c'est pas tout à fait fignolé, les méchants manquent de profondeur, les passages "historiques" nécessaires assez mal amenés, il y a quelques incohérences et je vous dirais bien que la fin est décevante, mais si je vous dis ça, vous le lirez jamais. Alors que pourtant, ça peut valoir le coup, pour passer un moment chouette et reposant.

lundi 25 juin 2007

l'écriture de la recherche : René Lourau

L’écriture de la recherche est toujours un moment très violent. Il est difficile, et souvent décevant, d’écrire ce que l’on pense penser ou pense avoir trouvé. A l’issue de l’exploration d’un sujet, et même si une problématique en béton semble transcender le tout, on a forcément en tête un schéma à au moins trois dimensions. Il peut y en avoir quatre si on rajoute le temps, et cinq si on refuse de fermer les yeux sur " l’intuition ", ce domaine sombre et sensible des rapports entre le chercheur et sa recherche. Et au bout d’un moment, il faut toujours s’y coller, et on se retrouve à suer sang et eau pour aplanir tout ça en deux dimensions, en un raisonnement clair et qui s’enchaîne, alors qu’on préférerait faire des dessins avec des flèches partout, ou au moins pouvoir esquisser un genre de quipu.

J’aime beaucoup René Lourau, pas seulement comme auteur universitaire dont je m’inspire pour mes recherches, mais aussi comme écrivain, tout simplement. Je l’ai découvert par L’Analyse institutionnelle, qui est la publication de sa thèse d’Etat, un peu rude comme première lecture (il reprend Hegel, Castoriadis et Freud…).
Pas découragée, j’ai été éblouie (c’est le mot) par L’Etat-inconscient :

"Courbe-toi, fier Sicambre !" Ici commence, avec la légende de Clovis, roi des Francs, recevant le baptême chrétien, l’histoire de la domination telle que se la racontent dans les collections ad hoc ou en collections de poche les chiens que nous ne sommes pas encore (p. 33) […]
Sous les coups de marteau sauvages de la politique, les rapports sociaux portés à incandescence ont été courbés. La révolte peut les redresser. Le Fier Sicambre ne reste pas toujours sourd à la voix de la résistance qui, en forme de contre-pet, lui propose tout bas de remettre son existence à l’endroit : "Cambre-toi, fier si courbe !" (p. 41)


Disons qu’il est très clair dans ce livre que René Lourau choisit de ne pas réduire sa recherche à l’écriture scientifique, normée : il entraîne le lecteur au long des méandres de sa pensée, sorte de fausse écriture automatique. (Ce qui peut avoir, à la longue, un côté fatiguant. Il semble parfois manquer de rigueur et dissimuler derrière un tour de passe-passe poétique une incertitude du raisonnement. Mais pour ma part, je lui pardonne de bon cœur). Pour la même raison, il fait toujours en sorte que le contexte de l’écriture de sa recherche soit transparent. Le lecteur est ainsi invité à comprendre la manière dont la vie du chercheur influence sa recherche : (toujours dans L’Etat-inconscient, p. 22)

Rêve d’un instrument d’analyse susceptible d’objectiver l’Etat comme lui-même m’objective, combat du pot de terre contre le pot de fer – " Eh ! René, il faudrait éteindre sous la bidoche ! " lance Françoise depuis le premier étage. Je me lève et vais éteindre le gaz ; je reviens m’asseoir à ma machine : comment l’Etat distribue-t-il les rôles conjugaux, les moments de la vie quotidienne, la gestion de la maison, éco-nomie ?

Pour ceux que ces histoires d’implication intéressent, je vous renvoie à un article de René Lourau hallucinant que j’ai trouvé dans BASAGLIA, Les criminels de paix, p. 177, intitulé " Travailleurs du négatif, unissez-vous ! " qui a peut-être été publié aussi dans une revue, il m’avait déjà semblé l’avoir lu quelque part. Cet article a été écrit alors que des travaux étaient en train de se faire dans la nouvelle maison du couple Lourau, alors il y a un plombier, sa femme, les ouvriers du téléphone, etc. Lourau parle d’eux dans son texte, comme une histoire parallèle à côté de sa réflexion et de l’article proprement dit. Mais au fur et à mesure on comprend comment ce contexte incline sa recherche, et à la fin de l’article évidemment il retombe sur ses pieds et là on se dit qu’il n’aurait jamais atteint cette conclusion sans l’intervention de la femme de son plombier…

J’ai rencontré il y a pas longtemps une étudiante qui a fait son DEA avec René Lourau.

samedi 23 juin 2007

Célibataire

(ça y est, c'est mon état officiel... ça arrive même aux meilleurs !)


Mais "Célibataire", c'est surtout le titre du roman-photo que je prépare depuis six mois pour le numéro 5 de notre revue : (sic). Cette nouvelle livraison de (sic) se fait attendre, le rédac'chef temporaire évite soigneusement de nous demander nos textes, étant donné qu'il n'a lui-même pas commencé à écrire...

Alors pour nous motiver tous, voici quelques "bonnes feuilles" de mon roman-photo.

Le texte sera composé en partie d'un poème de Baudelaire, "Le Revenant" :


Comme les anges à l'oeil fauve,
Je reviendrai dans ton alcôve
Et vers toi glisserai sans bruit
Avec les ombres de la nuit,

Et je te donnerai, ma brune,
Des baisers froids comme la lune
Et des caresses de serpent
Autour d'une fosse rampant.

Quand viendra le matin livide,
Tu trouveras ma place vide,
Où jusqu'au soir il fera froid.

Comme d'autres par la tendresse,
Sur ta vie et sur ta jeunesse,
Moi, je veux régner par l'effroi.


Et sera illustré en partie par des photos en noir et blanc. Voici quelques extraits de la série que j'ai prise (oui, la bannière en faisait partie aussi !).













A vous maintenant ! Au boulot !