samedi 31 octobre 2009

Ah le principe de précaution !



Dans la série : les absurdités de la logique, je vous propose aujourd'hui l'interdiction des DVD de La Petite maison dans la prairie aux moins de 18 ans en Finlande...
(lu sur Allociné)

Et non, il n'y a pas de croustillantes scènes coupées (ce qui se passe derrière le tas de bois, dans l'enclos des chèvres, etc.)... Et ce n'est pas non plus la transpiration virile de Charles Ingalls quand il plante un clou qui est en cause...
C'est juste que la série fait neuf saisons, et que la commission de censure finlandaise a eu la flemme de tout se retaper (et comme on les comprend !), et donc ils ont appliqué le principe de précaution et interdit, à tout hasard, les DVD aux moins de 18 ans...

Combien on parie que ça va faire grimper les ventes ?

PS : l'article d'Allociné précise que c'est pour des raisons financières que la commission n'a pas tout visionné... Et mon oeil, il a des contraintes budgétaires ?

mercredi 28 octobre 2009

La terre fait partie de cette identité nationale française

Replaçons un peu le contexte.


l'Appel du 25 Juin 1940

FRANÇAIS !

Je m'adresse aujourd'hui à vous, Français de la Métropole et Français d'outre-mer, pour vous expliquer les motifs des deux armistices conclus, le premier avec l'Allemagne il trois jours, le second avec l'Italie.

Ce qu'il faut d'abord souligner, c'est l'illusion profonde que la France et ses alliés se sont faite sur la véritable force militaire et sur l'efficacité de l'arme économique : liberté des mers, blocus, ressources dont ils pouvaient disposer. Pas plus aujourd'hui qu'hier on ne gagne une guerre uniquement avec de l'or et des matières premières. La victoire dépend des effectifs, du matériel et des conditions de leur emploi. Les événements ont prouvé que l'Allemagne possédait, en mai 1940, dans ce, domaine, une écrasante supériorité à laquelle nous ne pouvions plus opposer, quand la bataille s'est engagée, que des mots d'encouragement et d'espoir.

La bataille des Flandres s'est terminée par la capitulation de l'armée belge en, rase campagne et l'encerclement des divisions 'anglaises et françaises. .'Ces dernières se sont battues bravement. Elles formaient l'élite de notre armée ; malgré leur valeur, elles n'ont pu sauver une partie de leurs effectifs qu'en abandonnant leur matériel.

Une deuxième bataille s'est livrée sur l'Aisne et sur la Somme Pour tenir cette lignée soixante divisions françaises, sans fortifications, presque sans chars, ont lutté contre 150 divisions d'infanterie et Il divisions cuirassées allemandes. L'ennemi, en quelques jours, a rompu notre dispositif, divisé nos troupes en quatre tronçons et envahi la majeure partie du sol français.

La guerre était déjà gagnée virtuellement par l'Allemagne lorsque l'Italie est entrée en campagne, créant contre la France un nouveau front en face duquel notre armée des Alpes a résisté.

L'exode des réfugiés a pris, dès lors, des proportions inouïes. Dix millions (le Français, rejoignant un million et demi de Belges, se sont précipités vers l'arrière de notre front, dans des conditions de désordre et de misères indescriptibles.

A partir du 15 juin, l'ennemi, franchissant la Loire, se répandait a son tour sur le reste de la France.

Devant une telle épreuve, la résistance armée devait cesser. Le Gouvernement était acculé à l'une de ces deux décisions : soit demeurer sur place, soit prendre la mer. Il en a délibéré et s'est résolu à rester en France, pour maintenir l'unité de notre peuple et le représenter en face de l'adversaire. Il a estimé qu'en de telles circonstances, soit devoir était d'obtenir un armistice acceptable, en faisant appel chez l'adversaire au sens de l'honneur et de la raison.

L'armistice est conclu, le combat a pris fin. En ce jour de deuil national, ma pensée va à tous les morts, à tous ceux que la guerre a meurtris dans leurs chairs et dans leurs affections. Leur sacrifice a maintenu haut et pur le drapeau de la France. Qu'ils demeurent dans nos mémoires et dans nos coeurs 1

Les conditions auxquelles nous avons dû souscrire sont sévères.

Une grande partie de notre territoire va être temporairement occupée. Dans tout le nord et dans l'ouest de notre pays, depuis le lac de Genève jusqu'à Tours, puis le long de la côte, de Tours -aux Pyrénées, l'Allemagne tiendra garnison. Nos armées devront être démobilisées. Notre, matériel remis à l'adversaire, nos fortifications rasées, notre flotte désarmée dans nos ports. En Méditerranée, des bases navales seront démilitarisées. Du moins l'honneur est-il sauf. Nul ne fera usage de nos avions et de notre flotte. Nous gardons les unités terrestres et navales nécessaires au maintien de l'ordre dans la métropole et dans nos colonies. Le gouvernement reste libre,' la. France ne sera administrée que par des Français.,

Vous étiez prêts à continuer la lutte, je le savais. La guerre était perdue dans la métropole ; fallait-il la prolonger dans nos colonies ?

Je ne serais pas digne (le rester à votre tête si j'avais accepté de répandre le sang français pour prolonger le rêve de quelques Français mal instruits des conditions de la lutte. Je n'ai pas voulu placer hors du sol de France ni ma Personne, ni mon espoir. Je n'ai pas été moins soucieux de nos colonies que (le la métropole. L'armistice sauvegarde les liens qui l'unissent à elle. La Franc a le droit de compter sur leur loyauté.

C'est vers l'avenir que, désormais, nous devons tourner nos efforts. Un ordre nouveau commence. Vous serez bientôt rendus à vos foyers. Certains auront à le reconstruire.

Vous avez souffert.

Vous souffrirez encore. Beaucoup d'entre vous ne retrouveront pas leur métier ou leur maison. Votre vie sera dure. Ce n'est pas moi qui vous bernerai par des paroles trompeuses. Je hais les mensonges qui vous ont fait tant de mal. La terre, elle, ne ment pas. Elle demeure votre recours. Elle est la patrie elle-même. Un champ qui tombe en friche, c'est Une portion de France qui meurt. Une jachère de nouveau emblavée, c'est une portion de France qui renaît. N'espérez pas trop de l'Etat qui ne peut donner que ce qu'il reçoit. Comptez pour le présent sur vous-mêmes et, pour l'avenir, -sur les enfants que vous aurez élevés dans le sentiment du devoir.

Nous avons à restaurer la France. Montrez-la au monde qui l'observe, à l'adversaire qui l'occupe, dans tout son calme, tout son labeur et toute sa dignité. Notre défaite est venue de nos relâchements. L'esprit de jouissance détruit ce que l'esprit de sacrifice a édifié. C'est à un redressement intellectuel et moral que, d'abord, je vous convie. Français, vous l'accomplirez et vous verrez, je le jure, une France neuve surgir de votre ferveur.



J'espère que vous aurez noté le joli "Du moins l'honneur est-il sauf". L'histoire a ses perdants, parfois...
Alors non, le Maréchal Pétain n'a pas le monopole de l'appel à la terre. Ce n'est pas parce qu'un jour il a prononcé ces mots que l'idée doit être à tout jamais frappée d'opprobre.
D'ailleurs à ce compte-là, les anars sont pétainistes également, voir l'avant-dernière strophe : ne comptez pas trop sur l'Etat, etc.
C'est juste que parfois, il faut savoir manier l'histoire nationale avec un peu de doigté. Et du doigté, j'en vois pas beaucoup en ce moment. Pour être tout à fait franche, je trouve que ça pue.
Déjà cette histoire de questionnaire à remplir pour avoir la nationalité française... ça me fait penser à ça :




Si vous voulez approfondir, j'ai trouvé le texte du discours sur "marechal-petain.com" (! c'est tellement incongu ! J'adore internet...)

PS : Kaamelott saison 6 passe en ce moment sur la sixième chaîne. Et puis sur le site internet M6 replay pour ceusses qu'ont pas la télé. Et curieusement, ya des échos...
La romanisation de la Bretagne, et Leodagan qui s'inquiète un peu au moment de signer :

"La romanisation, c'est quoi exactement ? Enfin, je sais pas moi... Après c'est peut-être juste le mot qui fait que ça pue."

C'est exactement cette question que j'aurais envie de poser à Hortefeux et consorts.
(remplacer romanisation par identité nationale, of course.)

dimanche 25 octobre 2009

Le Club des Cinq sur les pas des Montreurs d'Ours : Chapitre 7

Chapitre VII : Claude passe à l'action

Résumé des épisodes précédents : Persuadés d'avoir localisé les contrebandiers (protégés par une redoutable meute de chiens qui bavent), les Cinq tentent de jouer la carte gendarmes. Ils se sont faits proprement humilier.


Ce fut paradoxalement à la suite de cette déprimante tentative que tout s'accéléra. Couchée dans la petite chambre qu'elle partageait avec sa cousine, Dagobert sur ses pieds, Claude fixait le plafond. Elle écoutait la respiration calme d'Annie mais ne parvenait pas à trouver le sommeil. Son fidèle chien ne dormait pas non plus, évidemment. Dans sa tête tournaient des images, des pensées... Et l'inaction la rongeait... Cette visite aux gendarmes lui ressemblait si peu : Claude était une fillette décidée et irréfléchie, et elle avait une réputation à tenir ! Alors elle prit comme de juste une décision irréfléchie et élabora en quelques secondes un plan extrêmement dangereux et totalement inutile.

Aussi silencieuse et discrète que Mick qui se faufile dans la cuisine pour une fringale nocturne, elle se lève, s'habille et se dirige vers la salle de bains, un Dagobert étonné sur ses talons. D'un geste, elle intime l'ordre à son chien de ne pas faire de bruit. Dans l'armoire à pharmacie, elle trouve ce qu'elle était venue y chercher : la boîte de somnifères tranquillisants surpuissants que son père emportait toujours lorsqu'il partait en vacances avec sa fille et ses neveux. Elle la glissa dans la poche de son pantalon puis descendit sur la pointe des pieds à la cuisine. Quelques minutes plus tard, sa silhouette sombre et souple émergea de la fenêtre et sauta dans le jardin. Le fidèle Dagobert, bien qu'excité par cette promenade inattendue, ne poussa pas un jappement lorsqu'il la suivit sur la route de Lanes...

Au gîte pourtant, quelqu'un d'autre ne dormait pas. François, totalement remis de l'humiliation de sa visite aux gendarmes, s'était brusquement souvenu qu'il n'avait pas fait son exercice du jour dans son cahier de vacances. Il alluma donc la lampe de poche sous ses couvertures. C'est le devoir accompli, lorsqu'il se recoucha, qu'il entendit Claude marcher dans le couloir. Elle aussi avait du mal à dormir, songea-t-il. Avec tous ces événements, aucun d'entre eux n'avaient eu le temps de faire leurs devoirs quotidiens, certainement que sa cousine était allée travailler dans la salle de bains pour ne pas réveiller Annie... Un bon quart d'heure plus tard, n'entendant pas sa cousine revenir dans sa chambre, François commença à avoir des doutes... Et si Claude peinait – comme d'habitude – sur ses mathématiques ? Le jeune homme suivant une classe supérieure à la sienne, il se sentait comme un devoir d'aller aider sa cousine à finir ses devoirs, pour qu'elle puisse enfin dormir comme lui du sommeil du juste. Il se dirigea alors vers la salle de bains, où il ne trouva personne. Descendant les escaliers, il explora alors la cuisine. La fenêtre était ouverte, il la referma consciencieusement, en se promettant de parler dès le lendemain à son oncle des négligences de sa cuisinière. Il avait beau adorer Maria, on ne badine pas avec les questions de sécurité. Et il alla se recoucher, s'endormant comme un bienheureux avec le sentiment du devoir accompli. En oubliant complètement Claude au passage, qui allait bientôt se trouver en grand danger...

Celle-ci, pendant ce temps, marchait aussi vite que la pente le lui permettait. Elle avait le cœur qui battait vite – à cause de l'effort physique, voulait-elle croire. Mais elle avait quitté le village depuis longtemps, et les arbres autour du sentier se faisaient de plus en plus noirs et menaçants. Dagobert, qui n'avait aucun mal à suivre sa maîtresse, pointait le museau et les oreilles dans toutes les directions, grognant de temps en temps. « Ce sont les bruits de la nuit qui l'inquiètent » pensa Claude. « Il n'est pas habitué à la montagne. » Elle non plus, d'ailleurs... Malgré elle, la courageuse petite fille ne pouvait s'empêcher de penser à toutes les histoires que leur avait raconté Jean, le fils du montreur... d'ours... Et à celles d'Albert, le père des éleveurs quand ils l'avaient rencontré à Fraguet... Elle força ses jambes à accélérer le rythme, pour sortir au plus tôt de ces bois. Elle regrettait la mer...

Arrivée au champ de myrtilles, elle s'accorda une pause, pour souffler un peu. Elle sortit alors de sa poche la boîte de médicaments de son père et les restes des petits gâteaux à la viande que Maria leur avait servis au dîner et qu'elle avait pris soin de prendre dans le frigo avant de quitter la cuisine, sans même une pensée coupable pour Mick qui allait certainement se faire passer un savon d'anthologie pour ce larcin alors qu'il était, pour cette fois, complètement innocent. Elle fourra rageusement une bonne dizaine des petits comprimés dans chaque gâteau. « Si avec ça ils osent encore me montrer les crocs, ces dangers publics... » Chaque gâteau aurait endormi un éléphant. Elle soupira et se tourna vers Dagobert :

- Qu'est-ce que je suis en train de faire, mon vieux Dag ? murmura-t-elle.

L'intelligent animal ne la quittait pas des yeux, semblant réellement comprendre ses paroles.

- Dans quel pétrin inutile me fourre-je encore ? ajouta-t-elle non sans raison, pensant à ses précédentes aventures...

Mais il était trop tard pour reculer, et Claude était de surcroît bien trop fière pour cela. En soupirant derechef, et maudissant son caractère qui la poussait à prendre toujours plus de risques, elle se remit en route, un Dagobert toujours inquiet et silencieux sur ses talons. Elle n'eut aucun mal à se repérer, par cette nuit sans nuages. Elle regrettait d'ailleurs de ne pas avoir pris un deuxième chandail, car le fond de l'air était frais, et maintenant qu'elle avançait plus précautionneusement, la brise qui séchait la sueur de ses vêtements la glaçait jusqu'à l'os. A l'ubac (1), une chouette poussa un hululement sinistre...

Parvenue au piton rocheux derrière lequel il fallait tourner, elle avança encore plus lentement, si c'était possible. Elle faisait particulièrement attention à ne pas glisser sur les cailloux du sentier. Ce n'était pas le moment de se fouler une cheville. Un bruissement soudain, à quelques mètres d'elle, la fit sursauter et elle faillit en perdre l'équilibre. Heureusement, elle se rétablit et se réprimanda intérieurement de son accès de froussardise. Jamais elle ne racontera à quelqu'un qu'elle avait si peur ! Elle était l'intrépide Claude Dorsel, oui ou non ? La main sur le collier de Dagobert, elle essayait de faire abstraction de tous les bruits de la nuit. Et enfin, ce qu'elle attendait arriva. Les poils de son chien se dressaient sous son collier. Presque instantanément, les aboiements qui les avaient tant effrayés, elle et ses cousins, en plein jour, retentirent avec une force décuplée dans le relatif silence nocturne de la montagne. En espérant qu'il y aurait assez de gâteaux pour tous ces molosses, elle lança ces derniers dans la direction approximative du bruit et redescendit le plus vite possible en direction du piton rocheux, qui semblait comme la limite tacite du territoire que les cerbères gardaient. Le vacarme des aboiements cessèrent en effet peu après. Les chiens s'étaient-ils endormis ? Avaient-ils réveillé leurs maîtres ? Claude frissonna à l'idée de ce que l'homme ténébreux pourrait faire à une enfant qu'il trouverait fouinant dans son repère au beau milieu de la nuit. Bah ! il lui suffisait d'être discrète et de ne pas se faire prendre, voilà tout ! Elle attendit encore une quinzaine de minutes, puis se décida à reprendre l'ascension, la main toujours sur l'échine de son chien. Mais arrivés à l'endroit fatidique, il semblait qu'elle put continuer sans ennuis. Dagobert restait calme.

La voie des contrebandiers était enfin libre.

Claude se permit alors un sourire, le premier depuis que la jeune intrépide était sortie de son lit. Ça y était ! C'était l'aventure, et elle y était jusqu'au cou ! En renversant la tête en arrière pour respirer silencieusement l'air de la nuit, elle se fit la réflexion soudaine qu'elle s'était ennuyée à mourir depuis le début de ces vacances. A l'instant, entre des chiens monstrueux (peut-être) endormis et un nombre indéterminé d'hommes patibulaires (sûrement) armés... elle se sentait bien. Tout simplement.

Tous ses sens en éveil (sauf le bon – le bon sens...), elle continua le semblant de chemin, Dagobert imitant par habitude tous ses mouvements. En étant le chien du Club des Cinq, c'était devenu une sorte de réflexe. Ils l'avaient entraîné dans tellement de situations invraisemblables auxquelles il n'avait jamais compris grand'chose !... Il n'avait peut-être pas de pedigree, mais il lui a fallu très peu de temps pour comprendre quand se taire et quand attaquer. Sa maîtresse lui avait posé la main sur l'échine en disant « Chut... » Et l'intelligent animal avait immédiatement adopté lui aussi une démarche de Sioux.

Au bout de quelques minutes de montée, Claude aperçut ce qui semblait être, dans la pénombre, l'entrée d'une caverne. Mais bien entendu ! Les anciens chemins de la Résistance passaient sous la montagne ! C'est pour cela qu'ils sont presque indétectables. Il suffisait de bien camoufler l'entrée et la sortie. Et hop, encore un mystère de résolu au crédit du Club des Cinq ! Mais la fillette se figea très vite dans son autocongratulation... Dans le silence de la nuit, des voix lui parvenaient de l'intérieur de la montagne. Elle se rapprocha de l'entrée de la caverne, et se camoufla tranquillement derrière un rocher pour écouter la conversation. Elle était à peine à quelques mètres des sinistres hors-la-loi.

- Bon, je crois qu'on a tout reçu, non ?

La voix était rude, profonde et bourrue. Celle qui lui répondit était plus nasillarde, mais contenait tellement de méchanceté qu'elle faisait froid dans le dos :

- Oui, la livraison de ce soir était la dernière avant le mois prochain. Il ne reste plus qu'à redescendre les sacs jusqu'à Foix...

Claude frémissait de bonheur. A quelques pas d'elle, il y avait et les contrebandiers, et la marchandise de contrebande. Quel beau coup de filet ! Si seulement elle avait quelque chose pour les arrêter, ici, maintenant... une escouade de gendarmes, ou bien une paire de menottes, ou à la rigueur un plan d'action ! Mais elle n'avait rien de tout ça. Rien du tout. Elle avait Dagobert. Faisant totalement confiance en son chien, la fillette s'élança bravement hors de sa cachette en criant :

- Vous êtes faits, mes gaillards !

Il faut lui accorder qu'elle récolta au moins deux secondes de stupeur, à mettre sur le compte de l'effet de surprise. Les deux hommes la regardaient, les yeux écarquillés. L'un était le grand basané, celui qu'elle avait déjà croisé à Lanes. Il sembla la reconnaître également :

- Qu'est-ce que tu fiches ici ??

Ah c'était à lui qu'appartenait la voix profonde et bourrue, nota tranquillement Claude dans son mémo personnel. L'autre devait alors être le pervers nasillard... Elle se tourna vers lui pour le détailler plus à son aise. Petit, blond, un air méchant sur le visage, il avait un genre de bec-de-lièvre et des cheveux filasses. Il était vraiment laid. Et ça ne s'arrangea pas lorsqu'il éclata de rire, découvrant des dents jaunes mal plantées :

- Un petit garçon et un chien ! C'est ça, la police moderne ?!

Il l'avait prise pour un garçon. Claude se rengorgeait. Elle adorait quand les gens se méprenaient sur ce point :

- Dag, je m'occupe de lui, maîtrise l'autre !

Du coin de l'œil, il lui sembla voir Dagobert qui hésitait, l'air interdit, tandis qu'elle s'avançait résolument vers le petit contrebandier blond qui l'attendait, un sourire en coin. Elle lui porta un coup décidé à l'estomac. Il eut la politesse de faire semblant de se plier en deux. Ou peut-être était-ce pour mieux saisir Claude à bras-le-corps et la percher négligemment sur son épaule. Il interpella son collègue :

- Hé ! Il est passé où, le sale cabot ?

L'autre lui répondit en haussant les épaules :

- J'en sais rien, il a filé sans demander son reste. On fait quoi du gamin ?

- Bonne question. Je vais ligoter là-derrière pour le moment. Peut-être que les Espagnols seront intéressés ? Ça pourrait être une monnaie d'échange intéressante pour un sac de clopes ou deux en plus...

- Mmm... On sait jamais, tu as raison, garde-le au frais. Je vais voir ce qui est arrivé à mes chiens.

Claude se débattait tant et plus, mais l'homme, en dépit de sa petite taille et de ses cheveux filasses, était rudement fort. Il l'emmena facilement dans un recoin de la caverne et la jeta sans ménagements sur le sol. Il déroula un bout de ficelle d'autour de sa taille.

- Alors, petit ! On est plus très bavard soudainement... C'est dommage, tu m'as bien fait rire, tout à l'heure ! Tu veux pas me la refaire, là : « Vous êtes faits ! ». Ah c'était vraiment bon...

Tout en ligotant solidement les mains et les pieds de Claude qui gardait obstinément les lèvres serrées et le regard fixe, il continuait son monologue :

- Dans mon métier c'est pas souvent l'occasion de rigoler, vraiment. Et tu as pu voir que mon copain Manuel Ibanez là, c'est pas exactement un boute-en-train. Oui, même s'il est français, il a des origines espagnoles.

Claude commençait à jubiler intérieurement, bien qu'elle s'appliquât à n'en rien laisser paraître. Le méchant était bavard. Les méchants sont toujours trop bavards...

- Ça doit être de là qu'il tient cette sévérité. J'ai vu sa famille, de Badalona, à côté de Barcelone. Ce sont eux qui nous fournissent une fois par mois toujours à la même date – c'était hier – alors forcément, parfois on se croise. Eh bah j'ai jamais vu une collection pareille de pierres tombales !

La fillette s'appliquait à bien tout retenir. Après il n'y aura plus qu'à sortir de cette caverne et courir prévenir les autorités pour qu'ils démantèlent tout le réseau ! Parfois, l'aventure, c'est presque trop facile, se dit Claude, ficelée comme un saucisson par un contrebandier prêt à tout sur le sol d'une caverne humide dont personne ne connaissait l'emplacement au sommet inaccessible d'une montagne rocheuse, en plein milieu de la nuit, seule et personne ne sachant où elle était exactement. Les bandits sont trop bêtes, c'en est presque dommage. Franchement.

- Alors moi j'essaie de garder la joie de vivre, tu vois petit ? Je me dis : « André Dubois ! Ne te laisse pas gagner par la morosité ambiante ! Pense plutôt aux fêtes de Pamiers, ta ville natale où tu habites encore aujourd'hui, et souris ! Souris, André Dubois ! »...

Il avait fini de ligoter Claude. Cette dernière testa la solidité de ses liens. Elle avait déjà été attachée des dizaines de fois au cours de leurs aventures, alors elle pouvait dire que le drôle savait y faire. Les liens étaient parfaitement serrés, parole d'experte.

Et pendant ce temps, sur la route qui descendait vers le village, le brave Dagobert courait, courait à perdre haleine...


(1) Versant orienté nord de la montagne. L'adret : versant orienté sud.

dimanche 18 octobre 2009

Le Club des Cinq sur les pas des Montreurs d'Ours : Chapitre 6

Résumé des épisodes précédents :

Dagobert est passé à un poil de la mort - au moins. Les méchants sont vraiment patibulaires, et pour le reste, les Cinq sont fidèles à eux-mêmes.

Ce chapitre est un peu long, profitez-en le suivant est tellement barbant que j'ai du mal à l'écrire...


Chapitre VI : Première visite aux gendarmes

Mick aurait bien remplacé le pain et la confiture, ce matin-là, par un reste même minuscule de la tarte aux myrtilles que Maria leur avait servie la veille au soir. Une tarte tellement savoureuse qu'elle était déjà légendaire. François, qui partageait la même chambre que son cousin, lui assurait d'ailleurs qu'il en avait parlé en dormant. Hélas il ne restait plus rien de l'incroyable dessert, pas même des miettes – Dagobert s'était occupé du plat que l'ingénieuse Claude était parvenue à glisser sous la table sous le nez de son père. Mick touillait alors nostalgiquement son café au lait. Mais heureusement pour le jeune homme, sa cousine semblait en apparence très intéressée par renouveler leur après-midi passée à cueillir des myrtilles. Elle faisait de visibles efforts pour mettre le sujet sur le tapis en discutant de manière anodine avec ses parents. Tante Cécile voulait les emmener passer la journée au bord de l'étang de Bethmale, et avait l'air de penser que son idée était excellente. Elle savait par expérience que ces enfants avaient une extraordinaire capacité à se mettre dans des situations impossibles lorsqu'ils étaient livrés à eux-mêmes. Et elle était décidée à passer des vacances tranquilles. Remarquant enfin le manège, Mick se mit alors à abonder dans le sens de sa cousine, même s'il avait bien compris que les raisons pour lesquelles elle s'intéressait à Lanes étaient bien éloignées de ses préoccupations alimentaires. Annie, en revanche, semblait ne rien comprendre du tout :

- Oh non ! Claude, la tarte était délicieuse, certes mais...

- Enfin, pour ce qu'on a réussi à en sauver de la voracité de Mick... la coupa François.

Annie sourit et reprit avec sagesse :

- Mais on ne peut en manger tous les jours, au risque de se lasser. Et de prendre du poids, ajouta-t-elle par-devers elle.

Claude manqua s'étrangler avec son café au lait. Trois quarts d'heure de manipulations habiles de la conversation réduits à néant ! Madame Dorsel approuva les propos de sa nièce. Alors que la situation apparaissait désespérée et la morne journée au lac sous la surveillance étroite des deux adultes inéluctable, Claude et Mick reçurent coup sur coup deux soutiens inattendus. Henri Dorsel, tout d'abord, qui avait retenu de cette histoire de myrtilles qu'elles étaient sur la montagne, loin, très loin, et que les cueillir prendrait aux enfants une bonne partie de la journée – une journée où ils ne seraient pas dans ses pattes, donc... Et le petit Jean, le fils du montreur d'ours, qui apparut soudain à la fenêtre de la cuisine :

- Bonjour ! Monsieur, Madame... Salut Annie ! Et les autres, aussi...

Après des débuts difficiles, la blonde fillette était visiblement devenue sa préférée. Sans gène, le jeune montagnard escalada la fenêtre et s'assit très simplement à table avec les autres. Oncle Henri fronça les sourcils, semblant réfléchir en fixant le garçon :

- Celui-là Cécile, je jurerais qu'il n'est pas à nous, même s'il en a les manières...

Sa femme soupira :

- C'est le fils du montreur d'ours... tu sais, celui qu'on a vu à Massat...

- C'est vrai que sans Miel, on pourrait presque te confondre, lui sourit François qui aurait reconnu le petit sauvage dans un bal masqué au milieu d'une centaine de personnes.

Tout en recouvrant une large tranche de pain grillé d'une quantité proprement phénoménale de confiture, Jean proposa :

- Je sais que la propriétaire du gîte a mis des vélos à votre disposition... S'il y en a un pour moi, on pourrait peut-être aller faire un tour à Saint-Girons...

Le garçon surprit le regard inquiet de Tante Cécile :

- Je connais tous les chemins faciles et où il n'y a pas de circulation, ajouta-t-il très vite. Je vous montrerai !

Cécile Dorsel eut une moue dubitative. Jean se sentait à court d'arguments :

- Et on pourra aller voir le musée de la Résistance, jeta-t-il pour finir, en désespoir de cause, le ton presque implorant.

François lança alors son avis d'aîné dans la bataille :

- En voilà une bonne idée, Jean ! Oncle Henri, tu sais comme moi que ces montagnes ont abrité beaucoup de résistants à l'occupant allemand... On va pouvoir apprendre plein de choses passionnantes ! Et au retour au pensionnat en septembre, je suis sûr que nous serons en avance sur le programme d'histoire. Tante Cécile, dit oui !

Claude et Mick se regardèrent en camouflant leur grimace derrière leur tartine de confiture. Bah... après tout... si c'est le prix à payer pour passer une journée loin du gîte et des adultes...

Tante Cécile accepta, au soulagement de son mari qui s'installa d'un bond dans le fauteuil et déplia le journal local du jour. Les enfants pressèrent alors Maria de leur préparer un pique-nique. Le temps qu'ils sortent cinq vélos de la remise et vérifient leur état général – ils étaient impeccables et parfaitement gonflés – la diligente cuisinière ressortit avec un panier dont le poids était porteur de bien des promesses...

Ils se mirent en route, en pédalant gaiement en file indienne derrière Jean qui ne s'était pas vanté : il les fit effectivement passer par de petits chemins peu fréquentés, à côté de la départementale qui descendait la vallée jusqu'à la ville, Saint-Girons. Les Cinq découvrirent de multiples petits hameaux, bâtis sur des soulanes que l'on ne voyait pas de la route. Le fils du montreur d'ours, très fier, les nommait les uns après les autres. Annie, qui avait un sens de la musique prononcé, rêvassait en écoutant ces noms de lieux qui, avec l'accent du pays, coulaient harmonieusement à ses oreilles. Dagobert était en pleine forme et sautait de ci, de là. Lui aussi préférait les chemins à la route !

Lorsqu'ils arrivèrent enfin en vue de Saint-Girons les quatre enfants poussèrent un cri d'admiration qui remplit le petit Jean de fierté pour son pays natal. La ville, typiquement ariégeoise, avait été bâtie au confluent du Lez et du Salat, et la plupart de ses maisons surplombait les deux fleuves. Claude et Mick se déclarèrent conquis et après avoir solidement attaché les vélos, ils insistèrent pour explorer la ville de fond en comble. En dépit de l'enthousiasme qu'ils y mirent, ils ne purent détourner François de leur but premier. Au bout d'une heure, celui-ci prit sa petite sœur par le coude et les entraîna d'un pas décidé vers le Musée de la Résistance.

Dès l'entrée du musée, Claude prit son air furieux des plus mauvais jours : les chiens n'étaient pas admis à l'intérieur ! lui indiqua d'un air revêche la préposée au guichet. Elle faillit rester bouder dehors avec Dagobert, mais ce qu'elle découvrit à l'intérieur lui donna matière à penser, et elle en oublia sa mauvaise humeur...

Un peu plus tard, assis à la terrasse d'un café traditionnel qui avait pour nom le Picou, les cinq enfants savouraient les glaces qu'ils avaient commandées. C'est alors que Claude aborda le sujet auquel elle n'avait cessé de penser :

- Vous avez vu ? demanda-t-elle sans plus d'explications, d'un air de conspiratrice.

Ses cousins et le petit Jean se regardèrent, ne comprenant pas de quoi elle parlait.

- Les chemins ! Les chemins que les brigadistes et les résistants empruntaient pour passer la frontière !

Les autres saisirent enfin où elle voulait en venir, sauf Jean qui suçotait sa cuillère d'un air ahuri.

- Tu crois qu'ils existent encore ? demanda lentement François.

- Bien sûr ! Et je mettrais la patte de Dag à couper que ce sont les mêmes que les contrebandiers empruntent encore aujourd'hui pour leur trafic !

Entendant son nom, le chien qui était couché sous la table poussa un bref jappement. Péremptoire, Claude affirma :

- Dag est d'accord avec moi ! Il n'y a plus qu'à les retrouver, ces chemins, et nous mettrons la main sur les bandits !

- « Il n'y a plus qu'à » grommela Mick dans une très mauvais imitation du ton surexcité de sa cousine.

- Claude, commença François d'une voix raisonnable, ces passages ont disparu depuis longtemps parmi les éboulements, nous n'avons aucune chance de tomber sur eux, même en cherchant pendant tout le reste des vacances !

C'est alors que Jean intervint. Il avait déjà fini sa glace au caramel et louchait sur celle d'Annie, qu'elle avait arrêté de savourer, prise par la conversation.

- Bien sûr que non, ils n'ont pas disparu. Ces chemins, c'est du solide, croyez-moi.

- Mais qu'est-ce que tu en sais, toi ? demanda Mick que la suffisance du garçon énervait parfois.

Ce dernier lui répliqua vertement :

- J'en sais que les connais, ces chemins, moi !

Les Cinq – même Dagobert, intrigué par le silence soudain – le regardèrent fixement. Claude se saisit de la glace d'Annie qu'elle poussa devant le garçon, un air obséquieux sur le visage :

- Et... tu pourrais nous en dire plus ?

- Ben... C'est quand on cherche les ours, avec Papa... Je ne peux pas trop vous expliquer, mais en revanche...

- Tu peux nous montrer ! finirent de concert Claude et Mick.

Aussitôt dit, aussitôt fait. Annie a bien protesté un peu à l'idée de grimper tout là-haut après cette déjà longue randonnée en vélo, mais même François était enthousiasmé à l'idée de retrouver ces traces de l'Histoire. Le retour dans la vallée d'Ercé s'effectua rapidement d'une pédale ferme et décidée. La petite fille avait du mal à suivre.

Ils déjeunèrent au pied de la montagne maintenant familière et, pour le plus grand bonheur de Mick, ils eurent des myrtilles chaudes et fraîchement cueillies pour dessert. Les parts de gâteau au chocolat que Maria avait prévues furent précautionneusement mises de côté pour le goûter par Annie. Tandis qu'elle rangeait ce trésor dans le panier, elle eut pour Mick et Dagobert le regard d'une chatte qui couve ses petits... Ce qui les dissuada de réclamer un deuxième dessert ! Claude et François riaient à gorge déployée de la similitude de regard entre le garçon et le chien à ce moment précis.

Mais lorsqu'ils reprirent l'ascension, ayant laissé les vélos à l'ombre de l'arbre où ils avaient pique-niqué, et l'impressionnant sommet rocheux s'approchant, les conversations se firent moins enjouées. Même Claude avait le cœur qui se serrait. Elle se souvenait de leur rencontre avec l'homme menaçant, à ce même endroit, et elle ne quittait pas son chien des yeux. Seul Jean semblait serein. Au moment où les buissons de myrtilles se faisaient plus rares sur la terre caillouteuse, il vira brusquement en direction du piton rocheux que les cousins avaient déjà repéré. Seulement, le petit montagnard n'en fit pas le tour. Il passa devant et continua comme si de rien n'était. Il semblait ne suivre aucun chemin, mais être sûr de lui. Le terrain devenait de moins en moins praticable, et François dut lui demander de ralentir, car Annie peinait à le suivre. Bientôt, même Claude fut perdue. Tenant fermement Dagobert par son collier, elle n'avait aucune idée d'où ils allaient et comment ils étaient arrivés là. Soudain, un grognement de son chien la fit s'arrêter. Elle appela les autres à mi-voix. Sous sa main, le poil de l'échine de la brave bête se dressait et son flair ne l'avait jamais trompé. Il y avait du danger...

Les enfants n'eurent pas le temps de se demander ce qu'il se passait ou que faire. Soudainement, ils virent débouler à cent mètres d'eux six énormes molosses, qui montraient les crocs et bavaient abondamment. Les monstres se précipitaient vers eux, dans un ensemble impressionnant, ne laissant aucun doute sur leurs intentions : ils voulaient les dévorer vivants.

- Les chiens de l'enfer ! glapit Annie.

Pleins de réflexes, Mick et François l'attrapèrent chacun par un bras et se mirent à dévaler la pente. Rapidement, Jean les dépassa pour les guider. Claude était restée un peu en arrière, car Dago faisait mine de vouloir protéger la fuite des enfants et elle devait le tirer par son collier. Mais bientôt elle appela ses cousins. Sans s'arrêter de courir, Mick tourna la tête. Cela représentait une jolie performance qu'il n'eut pas l'heur de poursuivre car il stoppa brusquement lui aussi. Annie faillit être écartelée entre ses deux frères, François ayant continué à toute allure. Elle se retourna à son tour. Les chiens s'étaient arrêtés. Visiblement, ils protégeaient quelque chose des intrus dont ils ne voulaient pas s'éloigner. De leur poste d'observation un peu en hauteur, ils observaient les enfants en grognant, mais ne faisaient plus mine de vouloir les courser. Prudemment, les enfants continuèrent tout de même leur descente, à un rythme plus sûr. Claude était restée un peu en arrière, regardant autour d'elle comme si elle voulait graver le paysage dans sa mémoire.

Ce ne fut qu'arrivés aux premiers buissons de myrtilles que les enfants retrouvèrent l'usage de la parole. Ce fut Claude qui brisa le silence :

- Vous l'avez vu, vous aussi ?

- Vu quoi ? grogna Mick. A part les crocs de ces fauves, je n'ai rien vu de particulier, moi. Ah si ! la bave qui se répandait sur leurs babines retroussées lorsqu'ils regardaient nos tendres mollets...

François renchérit :

- Je suis sûr que cette race de chiens est interdite en France ! Ils sont bien trop...

- L'homme ! le coupa Claude qui n'avait jamais été très intéressée par la notion de loi ou d'interdiction. L'homme basané de l'autre jour ! Quand les chiens nous ont couru après, j'ai vu sa tête qui dépassait du rocher !

- Et il n'a pas essayé de rappeler ses chiens ? s'indigna Annie. Ils auraient pu nous dévorer !

- Mais enfin, Annie ! s'exaspéra Claude, c'est un des contrebandiers ! La vie n'a que peu de valeur pour ces gens-là (1), ajouta-t-elle, très sérieuse.

François réfléchissait :

- Je crois que tu as raison, Claude. Et cette histoire devient trop grave pour qu'on puisse la garder pour nous. Jean ? Peux-tu nous conduire à la gendarmerie d'Oust ?

Encore tremblants de leur mésaventure, les enfants reprirent leurs vélos et arrivèrent bientôt en vue de la gendarmerie, qui était située dans le village voisin. Réagissant à un vieil atavisme des gens du lieu, Jean battit en retraite et les laissa y aller seuls, prétextant l'heure tardive, et que son père allait s'inquiéter, et qu'il avait beaucoup de choses à faire, et que Miel devait être en train de mourir de faim, etc. Ce fut donc le Club des Cinq dans sa composition originelle qui frappa à la porte de la gendarmerie. Qui était fermée. Un vieil homme qui prenait le soleil sur le pas de sa porte à quelques pas leur indiqua une direction du geste, en marmonnant quelques phrases en patois. Se tournant vers l'endroit indiqué, les quatre enfants découvrirent un petit café, à la terrasse duquel étaient fermement installées les forces de l'ordre du canton du Couseran.

François s'avança, et entreprit de raconter leur mésaventure. Cependant, l'air sceptique des hommes en uniforme lui fit petit à petit perdre son assurance. Lorsqu'il en vint à leur conclusion, ils se trouva lui-même ridicule d'annoncer qu'ils avaient découvert le lieu par où les cigarettes de contrebande passaient en France depuis des années, au nez et à la barbe des douaniers. Il baissa la tête vers ses chaussures, piteux. Mais le brigadier avait un bon cœur – surtout après l'apéro. Il tapota donc l'épaule du garçon en lui expliquant que les Ariégeois n'avaient pas pour habitude d'attacher leurs chiens et que donc il n'était pas rare de se faire aboyer dessus en promenade. Puis il se tourna vers le patron pour offrir la tournée. Dépitée, Claude refusa dignement, et entraîna ses cousins avec elle en direction du gîte. Le soir tombait, ils n'avaient pas mangé le goûter, et ils se sentaient déprimés. Le repas fut particulièrement calme. François accepta à peine de parler à son oncle de leur visite au musée. Les Cinq furent longs à s'endormir cette nuit-là.


(1) Magnifique réplique prononcée par Brad dans le « Rocky Horror Picture Show ».

jeudi 15 octobre 2009

La pensée whedonesque du jour...

Entre deux pages jaunies, une petite phrase me titille et m'empêche de m'intéresser à l'évolution du débat sur la fonction sociale de l'enseignement supérieur après 1968...

"If you take sexual advantage of her, you're going to burn in a very special level of hell. A level they reserve for child molesters and people who talk at the theater."

C'est issu de Firefly, série méconnue bien à tort crée par Joss Whedon. Le shepherd (un genre de pasteur ?) Book menace un pauvre Capitain Mal' aux prises avec une adorable ingénue qui s'avérera très vite être une belle salope...

Saffron est un personnage hilarant de femme forte (entendez : "de tête" bien que, je vous l'accorde, ses arguments sont particulièrement frappants aussi !) qui est à l'origine des deux-trois meilleurs épisodes de la série, à mon humble avis...

En même temps, à la place du Shepherd je m'inquiéterais également. Tout d'abord parce que Saffron n'est pas plus ingénue que toi ou moi, loin de là. Mais aussi parce que sur presque toutes les photos officielles de la série, Nathan Fillon semble avoir du mal à contenir son excitation... (Et on ne me fera pas croire que ce sont les costumes ! J'ai un fantasme à cultiver, moi...)



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J'essaierai bien de me rappeler combien les Chinois ont de types d'Enfer différents, mais je dois retourner bosser. Démon de la thèse, quand tu nous tiens...


Et non, je ne saute pas du coq à l'âne, car Firefly est un WESTERN INTERGALACTIQUE et je suis sûre que l'idée a dû plaire à Carpenter, d'ailleurs il en est certainement à moitié mort de jalousie parce que ça fait bien longtemps que j'attends de ses nouvelles. En plus, la série a eu à peu près le même succès que ses films, alors...

Allez, juste pour le plaisir, Grosmoche (ou Groslaid je ne sais jamais) avant d'exploser :





... et la fameuse scène de l'ascenseur !!!




(ya un enfer spécial pour les doctorants qui ne parviennent pas à boucler leur thèse dans les temps ??)