Cette merveilleuse communauté de lecteurs,
Livraddict, organise entre autres choses des lectures communes. Plusieurs blogueurs lisent le même livre et publient un billet le même jour.
C'est souvent l'occasion de lire le bouquin qui traîne dans sa PAL qu'on aurait bien du mal à entamer sans cela.
Aujourd'hui, Les Piliers de la Terre, de Ken Follet.
Dans l'Angleterre médiévale, des destins et des personnages se croisent autour de la construction de la cathédrale du prieuré de Kingsbridge. Il y a Tom le bâtisseur et sa famille, le méchant comte William, l'ambitieux évêque Waleran, le malin et pieux prieur Philip...
Car oui, on peut facilement dans ce livre désigner les personnages par quelques adjectifs. Ils se reconnaîtront. Les méchants sont vraiment très méchants, et les gentils eh bien... très gentils. Aucun de ces stéréotypes n'aura pris, au bout de mille pages, un peu de profondeur.
Et les femmes ont un traitement pire encore. Ok, ok, société moyen-âgeuse, je ne vais pas faire ma féministe de base. Ellen est belle avec ses yeux couleur de miel et intriguante, et Aliena stupéfie tout le monde par sa beauté et sa vivacité. Et ce n'est pas tout : ces deux femmes, en plus de leur physique, sont de fortes têtes qui se moquent de la religion (pour l'une) et des gens d'arme (pour l'autre).
Mais où sont les femmes lambda ? Avec tous leurs petits ou gros défauts ? C'est un peu fatiguant. On peut aussi exister sans être exceptionnelle, non ?
Et la cathédrale : construira ? Construira pas ?
La réponse est simple. Pendant un chapitre, tout va bien, la construction avance. Mais tadadam ! au chapitre d'après les méchants très méchants inventent une machiavélique machination pour mettre des bâtons dans les roues aux gentils. Mais les gentils, au chapitre suivant, trouvent la parade, et la sarabande recommence... jusqu'à la fin du bouquin.
N'en jetez plus, merci !
Le style, classique, est très lourd, particulièrement pendant les scènes de galipettes, de viol ou de violence qui sont écrites avec trop de complaisance et pas assez de subtilité.
Je sais, il paraît que ce genre de scènes, conjuguées aux rebondissements du scénario toutes les deux pages, font le best-seller. Mais ce type d'écriture ne me plaît pas. J'ai le sentiment d'avoir été prise pour une imbécile par l'auteur, un poisson rouge avec, disons, deux chapitres de mémoire seulement et qu'il faut tenir en haleine jusqu'à la fin en multipliant les grosses ficelles et les passages vendeurs.
Donc, j'ai été déçue et ce livre ne m'a pas plu.
Mais il faut avouer que je l'ai lu jusqu'au bout, sans qu'il me tombe des mains et sans sauter de pages.
Par quel miracle ? Car l'époque historique est restituée de manière très vivante, et très agréable. Les détails architecturaux prouvent une grande érudition et de nombreuses recherches. Si les descriptions vous rebutent, vous les trouverez certainement un peu longues, mais à moi elles m'ont donné envie de visiter des cathédrales ! Il faudrait un schéma, ou des photos, pour bien comprendre ces descriptions. Bref, l'endroit idéal pour lire ce livre, c'est assise dans un cloître, avec toute l'ambiance à portée de regard !
D'autres facettes de ce livres m'ont plues :
Si à travers les personnages de Tom et de Jack nous découvrons les secrets des bâtisseurs, nous suivons avec le prieur Philip et la courageuse Aliena les balbutiements du commerce, voire même, ô, du capitalisme.
Et la grève des maçons m'a bien fait rire.
Mais si ces passages sont suffisants pour faire un bon documentaire, je m'attendais à autre chose d'un roman. D'où, je pense une note de 1/5. Ou 2/5, peut-être...
Elles ont aimé :
Phooka, Heclea,
djak, Lexounet Evilysangel
Un avis plus mitigé :
Galleane,
anns02
Pour ne pas rester avec ce mauvais goût dans la bouche, j'ai enchaîné sur un petit livre qui traite du même thème,
Les Etoiles de Compostelle d'Henri Vincenot. On suit l'initiation de Jehan Le Tonnerre au Compagnonage maçonique. Il apprendra, en même temps que le lecteur, à se servir de la corde à treize noeuds, à bâtir une charpente avec l'aide du nombre d'or, à faire discrètement passer la magie tellurique des anciens druides dans des constructions acceptables par l'Eglise, et à aimer son prochain.
Cette lecture de l'écrivain bourguignon m'a enchantée, pour la deuxième fois. Le contraste avec les
Piliers de la Terre est saisissant.
Les Etoiles de Compostelle est fin et léger, très sympathique, en dépit de passages un peu longs (notamment certaines leçons de géométrie sur le chemin de Compostelle). Je le recommande à tous les déçus de Ken Follet !