Le mort de Mai 68
C'est lui, le commissaire Lacroix.
Dans notre mémoire collective sur 68, il est resté ce flic tué à Lyon au cours d'une nuit d'émeutes. Deux jeunes "racailles" comme on dirait aujourd'hui ont lancé un camion, accélérateur bloqué par un pavé, sur les policiers qui leur faisaient face, et Lacroix est mort écrasé.
En 1970, le procès de Raton et Munch (ce sont leurs noms de famille, si si), les jeunes en question, aboutit à un non-lieu. Il est vrai que cette version officielle a de quoi surprendre. Selon les médecins légistes qui ont fait l'autopsie du commissaire, il avait plusieurs côtes cassées. En effet, il aurait tenté "d'arrêter le camion"... A sa place, en voyant un camion arriver à fond les manettes sur moi, j'aurais fait au moins un pas de côté ! (je me serais enfuie à toute vitesse). Mais bon, il était certainement un policier héroïque.
Et puis l'interne qui a soigné le commissaire lorsqu'il est arrivé aux urgences a indiqué que celui-ci avait fait un infarctus et que le massage cardiaque pour le ranimer lui a cassé quelques côtes.
Et ajoutons enfin qu'aucun militant présent cette nuit-là sur la barricade n'est allé témoigner, par peur d'être inculpé à son tour...
S'il y en a que ça intéresse, voir cet article fouillé de Lyon-capitale.fr.
Bref, on saura jamais vraiment la vérité, mais là n'est pas vraiment mon propos.
Le commissaire Lacroix a été et restera toujours LE mort de Mai, celui écrasé par un camion lancé par des étudiants émeutiers.
Qu'importe s'il est mort d'une crise cardiaque en rentrant chez lui après, ou si le camion n'a pas été lancé par des étudiants, etc.
C'est le phénomène de la mémoire, avec lequel les historiens ont à composer constamment.
Surtout les historiens du contemporain, d'ailleurs.
Surtout les historiens qui travaillent sur des sujets autant présents dans la mémoire collective que Mai 68...
Devinez sur quoi porte ma thèse d'histoire ??
Et, dernière curiosité, une vidéo.
L'INA en effet célèbre aussi à sa manière Mai 68, en sortant de ses cartons de bobines quelques trop courtes bandes.
On peut trouver à cette adresse un reportage sur la cérémonie de funérailles du commissaire Lacroix.
Comme toujours avec les reportages d'époque, on est frappés par le ton des journalistes.
Sur l'ORTF en 1968 les journalistes avaient aussi leur manière de parler, ils développaient tous les mêmes intonations particulières à leur métier, lesquelles intonations m'insupportent chez les journaleux d'aujourd'hui (mais c'est une autre histoire). Et il y a quarante ans, le "ton" des journalistes se devait d'être grave, posé, sérieux. En comparaison avec celui de notre époque, très pressé, très concerné, ça me fait toujours bizarre.
Et si vous regardez cette video, SVP notez les longs moments de "blanc" solennel.
Inimaginable aujourd'hui que le présentateur se taise, qu'il n'y ait pas de son (n'importe lequel) sur les images...
Voilà, c'était il y a pas si longtemps, et pourtant.
Ah tiens et puis dernière info que je creuserai plus tard :
madame ma mère m'a dit qu'à une époque elle se souvenait qu'il n'y avait rien à la télé le 1er Mai, Fête du travail. Rien du tout, même pas des rediffs.
Ca fait rêver.