dimanche 6 juillet 2008

La vierge, le héros et le zombis d'hui...

... Va-t-il les déchirer avec un coup de gencive
Cette ville oubliée que hante sous le givre
Les sanglants cadavres des gens qui n'ont pas fui !

Avant de faire revenir ce bon vieux Mallarmé d'entre les morts qui viendrait chez moi venger cette offense, je m'explique.

J'aime beaucoup les films de zombies. (mais je ne sais toujours pas si zombi prend un "e" ou pas... Dans le doute, je l'écris zombis au singulier et zombies au pluriel)

Pour moi, le film de zombies est comme un canevas, et fonctionne de la même manière qu'un sonnet.

Le sonnet, la forme imposée par excellence de la poésie française. Des règles très strictes, contraignantes pourrait-on dire. Et pourtant, c'est à partir de ce carcan que chaque poète arrive à nous livrer, lecteurs, la quintessence de son "style". Il brode sur le même canevas que des milliers d'autres poèmes, et pourtant chacun est différent, unique, et encore plus unique parce que justement brodé sur le même canevas.
J'ajouterai que le sonnet est pratique, pour le poète et pour le lecteur. Le premier sait comment écrire, et le second sait comment lire. Un tacite entendement est donc passé entre les deux parties, toutes les deux se trouvent en territoire connu. Et dans ce territoire connu, débarrassé donc de tous les parasites contingents, s'ouvre un espace de liberté où la communication et la compréhension réciproque sont parfaites.

Eh bah voilà. Un film de zombies, c'est ça. Le canevas est simple : les zombies sont des morts qui reviennent à une forme de vie, pour des raisons expliquées ou non. Une fois morts-vivants, ils sont poussés par la faim à pourchasser les humains pour les dévorer tout crus. On suit un groupe d'humains qui s'organise pour leur échapper, régi par ces règles simples : pour tuer un zombis il faut lui éclater la tête ; tout humain mordu se transforme à plus ou moins longue échéance en zombis lui-aussi.

A partir de là, le film de zombies peut devenir n'importe quel film : film d'horreur ou d'épouvante, bien sûr ; film gore, film politique, pourquoi pas comédie romantique ou comédie tout court.

J'ai vu récemment Shaun of the Dead, un petit bijou d'humour britannique. Contrairement à ce qu'on peut lire ici ou là, ce n'est pas une parodie de films de zombies : les règles du genre sont respectées et prises au sérieux, le film se regarde au premier degré. Mais au premier degré, il est drôle. Je vais pas développer des exemples, voyez-le à l'occasion, ça vaut le coup.


(sur cette photo extraite de Shaun of the Dead, notre groupe de héros a une des meilleures idées de l'histoire des films de zombies. Leur but est d'atteindre le pub, le seul endroit qu'ils considèrent comme sûr. Mais pour ce faire, ils doivent traverser une rue infestée de zombies. Alors l'actrice ratée du groupe -la blonde à gauche- leur donne un cours accéléré de démarche et de cris zombiesques, pour qu'ils passent inaperçus parmi les morts. Et ça marche !!)

Je pense que le film de zombies souffre, ou bénéficie c'est à voir, de la présence écrasante du Master of Pittsburg, George Romero, dont les films (le dernier est encore en salles) établissent petit à petit les canons du genre et font de chaque film non réalisé par lui une référence/déférence envers le Old Wise, ou au contraire une affirmation du disciple qui tue symboliquement le maître (à la 28 jours plus tard, qui n'a pas osé faire un vrai film de zombies, préférant faire un film d'"infectés" car il s'éloignait par trop justement des canons préétablis).

Pour Romero, et il faut avouer que la majorité des films de zombies que j'ai vus sont de lui, les zombies sont un élément scénaristique très pratique pour développer son propos. De la même manière que le personnage de l'Elu (type Néo dans Matrix) permet d'avoir rapidement un représentant/dirigeant/sauveteur de l'espèce humaine, sans passer par des questions d'élections démocratiques lourdes à traiter dans un film, de la même manière que l'Elu donc, les zombies sont là, ils sont posés, imposés par le genre. Et là-dessus Romero brode ses obsessions. Dans son dernier film, Diary of the dead, il s'interroge sur les médias (avec l'explosion des nouveaux réseaux), mais aussi sur le pouvoir de l'image : l'utilisation thérapeutique ou perverse de l'image (mettre l'horreur à distance permet de la supporter, mais on s'exclut du monde et on devient spectateur). A noter le petit plus qui rend ce réalisateur sympathique comme un John Carpenter : il nous évite la sempiternelle lutte du bien contre le mal. De même que Carpenter accorde visiblement sa préférence à Christine, les zombies de Romero, l'ennemi à abattre pendant tout le film, ne sont jamais complètement antipathiques. Les héros sont bien souvent têtes à claques, et on se demande toujours à la fin du film s'il est vraiment utile de lutter pour sauver l'espèce humaine de ce fléau (puisque de toutes manières, quand elle n'a pas d'ennemi commun à abattre, elle se bouffe entre elle).


Matv va encore se foutre de ma théorisation à outrance, donc ajoutons pour conclure que le film de zombies est avant tout un divertissement. Bon, c'est vrai que c'est un genre d'humour qui n'est pas forcément à la portée de tout le monde. Dans Diary of the Dead, un pauvre type sur un lit d'hôpital se fait bouffer l'abdomen par un zombis. Il meurt et se réveille zombis lui aussi. Alors il se lève de son lit, et tous ses intestins dégringolent par terre. Quand il entame sa démarche zombiesque pour aller bouffer nos héros, il dérape sur ses intestins et s'étale, avec la gueule surprise d'un chat qui aurait raté son saut. Si ce genre de scène ne vous fait pas rire, vous êtes effectivement mal placés pour apprécier les films de zombies.

Moi, je me régale.

3 commentaires:

augenblick a dit…

La mort sure ?
Les gens qui aiment les films de zombies me sont sympathiques :)
(J'ai seulement vu deux Romero.)

louise miches a dit…

Et moi j'aime bien les femmes à diva cup...
Préparer des coupettes d'apéro aux vampires ou aux zombies, ça c'est vraiment sympa !

augenblick a dit…

Ha haa !! c'est gore :) tchin !
(On aurait pu voir ça dans Brain Dead.)