lundi 18 août 2008

Saints engins amoteurs


Mon dieu quel bonheur mon dieu quel bonheur, le chômage s'ouvre enfin à moi...
Dans le but de resserrer les finances et d'économiser la moindre pépète, je profite du mois d'août pour me familiariser avec le vélo à Paris. Un moyen de locomotion qui favorise la réflexion, beaucoup plus que le métro où je me plonge systématiquement dans un journal pour éviter d'avoir à regarder mes covoyageurs...

Donc, jusqu'ici je me suis interrogée sur :

- la nécessité d'avoir un beau cul. Vincent Baguian l'avait déjà remarqué : "les vélos d'Amsterdam font de jolis culs aux dames". Mais comme il y a peu de chances qu'un jour il me consacre une chanson, je me suis demandée à quoi pourrait bien me servir une paire de fesses fermes et musclées ? (celui qui répond : à casser des noisettes je file son numéro de téléphone à Chuck Norris). Réponse : à rien. A part peut-être à narguer les automobilistes, comme le fait Didier Tronchet dans son Petit Traité de vélosophie (Plon, 2000) :

" La différence d'attitude face au monde entre le cycliste et l'automobiliste, c'est au plus intime qu'on peut la saisir. Au niveau du cul (postérieur). Observons celui du cycliste ; légèrement en arrière, il favorise l'envol de la colonne vertébrale. La posture est proche de la statuaire antique. Elle induit une vision dynamique, un mouvement vers l'avant qui témoigne d'une belle confiance en ce que la vie lui réserve. Le postérieur automobiliste, coincé au confluent du dossier et du siège, ne peut se permettre l'arrogance d'un cul cycliste, qui exporte ses fessiers aux confins sans limites de la selle. Non, tout racrapauté sur sa molle concavité, il implique chez son propriétaire une pose semi-fœtale, qui trahit son repli sur lui-même ; impression renforcée par la simili-coquille d'œuf galvanisée de son habitacle, illusoire parodie de sécurité placentaire car elle se brisera au premier gros choc "

Peut-être qu'à force de mater de jolies fesses lorsqu'ils sont coincés aux feux rouges, les automobilistes auront l'idée eux aussi de se mettre au vélo ? (ce qui faciliterait grandement mon affaire, je l'avoue : la place de la République et celle de la Bastille sont sur le chemin entre la bibliothèque et chez moi... Manque plus que l'Etoile et ce sera parfait !)

Autre réflexion :

-c'est vraiment prétenciard d'avoir appelé Montagne la Montagne Sainte-Geneviève, car franchement en trois coups de pédales on est en haut, avant d'avoir senti les efforts imprimer leurs délicieuses marques dans mes muscles fessiers (voir plus haut...).
Mais au fait, pourquoi Montagne ? Dis-moi, googole mon ami ?
Eh bien il s'avère que ce coin s'appelle montagne parce qu'il s'agit d'une colline... Sous la Rome antique, on l'appelait le mons Lucotitius pour ceux que ça intéresse. Oui, l'explication est un peu décevante. Et Sainte-Geneviève parce que Clovis et Clothilde ont fait construire une abbaye au sommet, et que Geneviève y allait souvent prier...
Mais du coup j'ai appris que Sainte-Geneviève était la patronne de Paris. Et cette brave femme, en dépit de cette charge de boulot déjà importante, s'est dévouée pour être aussi la sainte patronne de la Gendarmerie Nationale !
Je sais que c'est vraiment sympa de sa part, une marque de dévouement rare, mais ce n'est pas pour ça qu'elle est devenue sainte. Non en fait elle aurait convaincu les Parisiens au V° siècle de résister aux Huns, de ne pas leur abandonner leur cité, grâce à ces fortes paroles : "Que les hommes fuient, s'ils veulent, s'ils ne sont plus capables de se battre. Nous les femmes, nous prierons Dieu tant et tant qu'Il entendra nos supplications".
Ah je savais déjà que les mecs étaient tous des lâches, mais là, franchement... Fuir au lieu d'aller se faire charcuter par les barbares alors que ces courageuses femmes (et je reconnais bien là mon engeance) restaient fermement enfermées dans l'Eglise à attraper de douloureuses cales aux genoux et des crampes dans la nuque !! Merci Geneviève, de les avoir ramenés à la raison.

Dernière petite réflexion, que je crois nous nous sommes tous fait :

- mais pourquoi diantre y a-t-il des vélos homme et des vélos femme ?
Evidemment, le premier réflexe là encore est d'invoquer le poids de l'Histoire : les femmes ne portaient pas de pantalons, donc pour enjamber le cadre d'un vélo homme il leur aurait fallu lever la jambe bien plus haut que ne le permettait la bienséance de l'époque...
Du coup, je rigole bien en descendant élégamment de selle en pensant à mes camarades masculins qui risquent de s'éclater les burnes à chaque feu rouge ! Oui, car j'ai toujours pensé que cette barre horizontale, caractéristique des vélos homme était une absurdité, voire une contre-prescription darwinienne pour notre espèce...
Après recherche, il s'avère que cette barre n'est pas la seule différence entre les deux vélos : chez la femme, qui est censée avoir des hanches plus larges, la selle est plus large aussi, pour plus de confort (niveau vélo loisir). Et puis, pour les vélos sport ou compétition, les modèles existent en plusieurs tailles, et les petites tailles sont des modèles femme.
En ce qui concerne la barre du milieu, toujours droite chez les hommes (et pour ma part, j'en remercie la nature !! oui bon, la vanne était facile...), il semble que cela donne plus de solidité au vélo. Et c'est justifié par le fait que les hommes sont plus lourds et pédalent plus vite, donc ils risquent de casser un cadre type vélo femme. Mais femina.fr, toujours là pour nous les femmes, nous dit que les "femmes plus averties ou très grandes peuvent facilement rouler avec un vélo homme". Nous voilà rassurées. Et l'article est illustré par une très belle photo qui donne pas du tout envie de s'y mettre (pour ma part) :






3 commentaires:

louise miches a dit…

Ah et j'ai oublié aussi d'écrire que j'avais appris que les femmes sont autorisées par l'islam à faire du vélo. Merci bien.
Mais le problème en Iran, c'est que faire du vélo donne aux femmes une allure bien trop sexy, donc elles ne sont pas autorisées à en faire par les religieux conservateurs (et apparemment, ça pullule dans le coin !).
L'Iran va alors, dans un élan de générosité envers l'espèce "femme", fabriquer des vélos conçus spécialement pour elles, avec une cabine qui couvrira plus de la moitié du corps, comme ça elles pourront faire du vélo peinardes, loin du regard des hommes, ces sales lubriques...

Blog-trotter a dit…

Un vélo avec une cabine? Mais c'est une voiture à pédales, non?

augenblick a dit…

Oui c'est très subversif le vélo, c'est grâce à cet ancêtre de la voiture que le pantalon pour les femmes s'est démocratisé.

Les vélos dits d'homme sont en effet plus solides et plus grands, et plus pratiques à porter quand c'est nécessaire (volée d'escaliers :)

On se croisera peut-être sur les pistes cyclables :))