vendredi 13 février 2009

De l'éthique, ou de la solidarité

J'ai trouvé dans Michel Crozier, L'acteur et le système, ce paraît-il célèbre "dilemme du prisonnier". 


La situation est la suivante : deux malfrats ont commis un délit ensemble. La police les arrête, mais n'a pas de preuves contre eux. Elle a besoin de leurs aveux. 
Nos deux larrons sont enfermés dans des cellules séparées et ne peuvent pas communiquer entre eux. Les données du problème sont les suivantes : 

Si les deux prisonniers se taisent, la police n'aura pas de charges contre eux, et ils seront condamnés pour des délits mineurs, disons six mois de prison. 
Si l'un des deux parle et accuse l'autre, la police aura les preuves qui lui manquaient et pourra coller dix ans de prison à celui qui n'a pas parlé et libérer celui qui a balancé l'autre, car la police aime les balances. 
Si tous les deux s'accusent mutuellement, ils prennent cinq ans tous les deux. 

Mettons-nous dans la peau de l'un des filous. Il se dit : 
Dans le cas où mon complice me dénonce, si je me tais je prends dix ans... En revanche, si je le dénonce aussi, je ne prends que cinq ans.
Dans le cas où il ne me dénonce pas, si je me tais moi aussi je prends six mois de prison. En revanche, si je le dénonce, je suis libre !

Les deux prisonniers se font le même raisonnement bien sûr... Et il appert que si chacun des prisonniers suit la logique de ses intérêts personnels, ils se retrouvent à faire cinq ans de prison. Alors que s'ils s'étaient tus, ils n'auraient fait que six mois...

Apparemment, ce dilemme est pas mal utilisé en théorie économique (genre pour bâtir les stratégies de deux entreprises concurrentes), ce qui m'étonne pas. S'il y a bien un milieu cynique entre tous, c'est celui-là. 
Car en fait, le dilemme du prisonnier ne marche pas dans la réalité, enfin j'espère... Car on a affaire à des hommes, capables de collaboration, de projection (au cas où le coup foire), et surtout de confiance en l'autre...
Sans oublier la culture et l'histoire propres à un milieu social particulier. Dans cet exemple, on peut très facilement postuler que la coopération avec la police n'est pas forcément très usitée dans le milieu des hors-la-loi !
L'homme n'est pas une créature très facile à cerner ! Je dis ça car j'ai entamé le Prélude à Fondation hier soir, et Hari Seldon, le héros d'Asimov, entame sa construction de la "psychohistoire". C'est une science qui consiste à réduire les actes des hommes à une équation, qu'il suffirait ensuite de développer pour savoir vers où le monde se dirige et ce que les hommes feront de leur avenir. J'aime la SF !

3 commentaires:

Zacharias Galouzeau de Moussaoui a dit…

Le dilème des prisoniers sert à illustrer un paradoxe de la "rationalité économique" qui consiste à maximiser egoistement son intéret, représenté par une fonction d'utilité.
J'aime bien ce dilème car il montre les limite de la rationalité économique qui.

Pour les entreprises, il me semble que c'est entre autre pour la stratégie publicitaire, si deux grosse boite décident de se lancer simultanément dans des grosse camapgen de pub, la pub de l'un va annuler la pub de l'autre, et elle auront au final toutes deux depenser beaucoup pour pas beaucoup de gains.

Il y a une autre version du dilème qui est "le dilème du prisonier itéré". On considère que les même deux personnes sont confrontés n fois de suites au même choix, et chacun doit prendre une décision, coopérer ou pas, en fonction de l'historique de l'autre.

A ce moment là, quand n < infini, la stratégique qui maximise l'utilité économique est "tit for tat", qui en francais veux dire "oueil pour oeuil, dans pour dent", on choix actuel on prends la décision qu'a pris l'autre lors du choix précédent.

Si tout les deux commencent en coopérant ca va. Sinon non.

Je te laisse en tirer les conclusions que tu veux.

Zacharias Galouzeau de Moussaoui a dit…

Quand a mettre le comportement des hommes en équation, c'est ce que font les micro-économiste. Ca sert entre autre à savoir à qu vendre un produit (marketing), accepter ou non un crédit (banques).

De manière moins cynique, ca sert aussi à faire des simulation d'évacuation pour concevoir l'architecture de batiments (sécurité).

Pour t'amuser dans ton coin à modéliser toute une population, il y a ce logiciel qui est très bien : http://ccl.northwestern.edu/netlogo/

Il vient avec de nombreux modèles préchargé, notament un simulateur épidémiologique qui montre l'influence de différentes pratiques de prévention sur la propagation du SIDA.

Mais bon, là pour le coup ca n'a plus rien avoir avec de la théorie des jeux.

louise miches a dit…

Zac G., tu ne veux pas tenir un blog à ma place ?
A chaque sujet que je poste, j'ai l'impression que tu as beaucoup plus à dire que moi sur la question...

(sans amertume et ironie, hein)