jeudi 29 mai 2008

Des salles mystérieuses de la Sorbonne... à la malédiction 68

Il y a quelques malédictions que je me trimballe dans la vie, et une, vous l'aurez compris, c'est Mai 68...
Il me suit partout depuis mon mémoire de maîtrise, dans toutes les conversations et où que je pose les yeux.

Ce matin, en revenant de la librairie où je n'ai absolument pas trouvé ce que je cherchais (Virginie Linhart, Le jour où mon père s'est tu, pour un chapitre sur 68 et la judéité, à ma connaissance la seule étude sur cette question qui m'a beaucoup intriguée ; et 14 femmes : pour un féminisme pragmatique, car il faut bien que je commence à réfléchir à cette question, à mon âge...), donc en revenant de la librairie avec plein d'autres bouquins évidemment, je ralentis légèrement mon pas rapide et altier devant une boutique des Passages, attirée en super-féministe que je suis par une très belle petite robe.

Un tout petit vieux, sur le pas de la porte, m'accoste immédiatement. La conversation s'engage facilement, étant donné qu'il fait les questions et les réponses... Peu à peu je me décoince et je lui avoue que je suis étudiante. Il démarre aussi sec :
"Ah mais c'est que j'ai travaillé à la Sorbonne, moi ! Pendant 20 ans... Vous savez où est enterré Richelieu ?"
Il est enterré à la Sorbonne, c'était facile comme colle. Je l'impressionne par mon "savoir" (encyclopédique, il est vrai...) et je lui deviens sympathique. En dix minutes il savait où j'habitais, avec qui et comment. Et il revient sur son thème :
"20 vingt ans, que j'y ai travaillé !".
Et, bien évidemment, vous aviez déjà deviné, il ajoute :
"Et j'y étais en 68, à la Sorbonne, vous savez ? Oui ! j'ai connu Cohn-Bendit moi !".
Je soupire intérieurement, mais il est tellement rigolo que je m'extasie devant l'histoire de sa vie. Encouragé, il continue :
"Je lavais les carreaux, à l'époque... J'en finissais un, je revenais 5 minutes après, il y avait déjà une affiche collée dessus ! Remarquez, on s'en foutait, on était payés !..."
Et il m'a raconté entre autres une séance de dépoussiérage extraordinaire avec un de ses collègues. Le patron leur avait demandé d'aller nettoyer une certaine pièce, tout là-haut, fermée à clé. Lorsque les deux compères sont entrés, selon ses propres termes :
"On avait le pressentiment qu'on allait voir Marie-Antoinette !"
La salle était conservée en l'état depuis Richelieu : tapis, tapisseries, tableaux, tabatières, meubles, statues...
Et tout ça parce que la Reine d'Angleterre vient une fois par an prendre le thé avec une de ses amies dans cette salle ! On lui avait demandé de faire le ménage car sa visite annuelle était imminente.

L'histoire demande à être vérifiée bien sûr, mais elle est tellement jolie comme ça...

2 commentaires:

augenblick a dit…

Yes ! Godot save the Queen :))

louise miches a dit…

Ah Augenblick, je devrais t'envoyer le brouillon de mes messages avant publication pour que tu me trouves les titres...