samedi 24 mai 2008

La sociologie désenchantée

L'école est un véritable panier de crabe en France. Tout le monde a son mot à dire dessus, et chacun s'empoigne.
Peut-être est-ce un signe de son importance dans notre histoire collective, et un reflet de la passion que nous déployons à polémiquer, à agiter des idées.
Mon post précédent était un peu amer, provocateur et désenchanté, et vos commentaires n'ont pas manqué de le relever. Ca méritait bien un complément d'information.
Un petit cours sur la sociologie critique, par exemple ?
Seulement, je suis en pleine rédaction de thèse et j'ai vraiment autre chose à faire que des recherches sur ces cours que j'ai pu suivre dans mon cursus universitaire. Je vais donc jeter des remarques de tête, ça sera un bon test pour savoir, cher Draleuq, si j'ai vraiment appris quelques trucs à l'école...
(Fried, tu peux arrêter de lire. C'est maintenant que ça devient chiant)

La sociologie critique a pris son essor dans les années 1960 et connu son heure de gloire dans les années 1970. Une courte carrière, fulgurante, mais qui a changé à jamais la manière d'appréhender le monde (enfin, dans le microcosme des sociologues, j'entends...). Nous vivons désormais, selon l'expression très juste de Max Weber
, dans un monde "désenchanté".
Le plus célèbre des sociologues critiques français, c'est bien entendu Pierre Bourdieu, qui a fait école et émules. Bourdieu a travaillé sur trois sujets principaux : les médias, l'école et la domination.

Ce qui m'intéresse ici pour Bourdieu, c'est qu'il explique pourquoi le monde tourne encore, en dépit d'une évidence d'injustice qui devrait faire dire aux dominés (par exemple) : stop, j'arrête.
Tout le monde évolue dans des champs sociaux (le boulot, la famille, les amis etc.). Chaque champ social a ses règles propres, et l'adhésion implicite et souvent inconsciente à ces règles est la condition sine qua non de survie dans ce champ.
Par exemple, les enseignants doivent croire à leur rôle, à leur mission, à leur utilité pour les élèves et pour la société. Sinon, et on en voit souvent ici et là les symptômes, c'est le malaise, la dépression, la démission (mission/démission, c'est joli).
Alors, lorsque je parle de la fonction garderie de l'école, je ne fais que reprendre des sociologues critiques que j'avais lu pour mon mémoire de maîtrise, mais il existe d'autres "fonctions cachées" de l'école :
La fonction de reproduction : faire que les classes sociales se reproduisent, et que la mobilité sociale soit la plus faible possible ;
La fonction idéologique : faire adhérer les mômes à certaines valeurs, parce que toute génération nouvelle est potentiellement dangereuse pour le pouvoir en place et qu'il faut donc les "dresser" d'une certaine manière, pour éviter qu'ils ne mettent le boxon dans la société ;
La fonction politique : assoir le pouvoir en place (l'exemple suprême est celui de la Troisième République, qui préparait à travers l'école sa revanche sur l'Allemagne, sa lutte contre l'Eglise, et l'affirmation de la république comme mode de gestion d'un pays) ;
Et puis la fonction garderie...

J'ai voulu montrer qu'il y a un discours qui circule sur l'école, un roman, et qu'avec les études sociologiques on pouvait démonter tout ça, mais il est évident que lorsque l'on est à l'intérieur, que l'on est pris dans le jeu, comme le sont les enseignants, il est plus difficile (et beaucoup plus douloureux) de porter ce type de regard sur le champ social dans lequel on évolue...
Après, je m'égare peut-être, je suis même pas sociologue (et à peine historienne...) :


Bon, cela dit, c'est cool de manifester. J'ai toujours beaucoup de sympathie pour les gens qui se battent, et d'ailleurs cet après-midi chez nous c'est manif en famille, avec les poussettes et le grand-père ("1ere, 2eme, 3eme génération !"), mais en ce qui concerne les formes traditionnelles de lutte, je suis un peu... désenchantée.

1 commentaire:

Fried a dit…

C'est gentil d'avoir pensé à moi mais le titre annonce suffisamment la couleur.