vendredi 2 mai 2008

Le mort de Mai 68

C'est lui, le commissaire Lacroix.

Dans notre mémoire collective sur 68, il est resté ce flic tué à Lyon au cours d'une nuit d'émeutes. Deux jeunes "racailles" comme on dirait aujourd'hui ont lancé un camion, accélérateur bloqué par un pavé, sur les policiers qui leur faisaient face, et Lacroix est mort écrasé.

En 1970, le procès de Raton et Munch (ce sont leurs noms de famille, si si), les jeunes en question, aboutit à un non-lieu. Il est vrai que cette version officielle a de quoi surprendre. Selon les médecins légistes qui ont fait l'autopsie du commissaire, il avait plusieurs côtes cassées. En effet, il aurait tenté "d'arrêter le camion"... A sa place, en voyant un camion arriver à fond les manettes sur moi, j'aurais fait au moins un pas de côté ! (je me serais enfuie à toute vitesse). Mais bon, il était certainement un policier héroïque.
Et puis l'interne qui a soigné le commissaire lorsqu'il est arrivé aux urgences a indiqué que celui-ci avait fait un infarctus et que le massage cardiaque pour le ranimer lui a cassé quelques côtes.
Et ajoutons enfin qu'aucun militant présent cette nuit-là sur la barricade n'est allé témoigner, par peur d'être inculpé à son tour...
S'il y en a que ça intéresse, voir cet article fouillé de Lyon-capitale.fr.

Bref, on saura jamais vraiment la vérité, mais là n'est pas vraiment mon propos.
Le commissaire Lacroix a été et restera toujours LE mort de Mai, celui écrasé par un camion lancé par des étudiants émeutiers.
Qu'importe s'il est mort d'une crise cardiaque en rentrant chez lui après, ou si le camion n'a pas été lancé par des étudiants, etc.
C'est le phénomène de la mémoire, avec lequel les historiens ont à composer constamment.
Surtout les historiens du contemporain, d'ailleurs.
Surtout les historiens qui travaillent sur des sujets autant présents dans la mémoire collective que Mai 68...

Devinez sur quoi porte ma thèse d'histoire ??

Et, dernière curiosité, une vidéo.
L'INA en effet célèbre aussi à sa manière Mai 68, en sortant de ses cartons de bobines quelques trop courtes bandes.
On peut trouver à cette adresse un reportage sur la cérémonie de funérailles du commissaire Lacroix.
Comme toujours avec les reportages d'époque, on est frappés par le ton des journalistes.
Sur l'ORTF en 1968 les journalistes avaient aussi leur manière de parler, ils développaient tous les mêmes intonations particulières à leur métier, lesquelles intonations m'insupportent chez les journaleux d'aujourd'hui (mais c'est une autre histoire). Et il y a quarante ans, le "ton" des journalistes se devait d'être grave, posé, sérieux. En comparaison avec celui de notre époque, très pressé, très concerné, ça me fait toujours bizarre.

Et si vous regardez cette video, SVP notez les longs moments de "blanc" solennel.
Inimaginable aujourd'hui que le présentateur se taise, qu'il n'y ait pas de son (n'importe lequel) sur les images...

Voilà, c'était il y a pas si longtemps, et pourtant.

Ah tiens et puis dernière info que je creuserai plus tard :
madame ma mère m'a dit qu'à une époque elle se souvenait qu'il n'y avait rien à la télé le 1er Mai, Fête du travail. Rien du tout, même pas des rediffs.
Ca fait rêver.

7 commentaires:

Fried a dit…

Marrant, je connaissais pas ce type. Pour moi le mort de mai 68 c'était cet étudiant qui se noya dans la Seine, à Flins, en voulant échapper aux flics. Comme quoi, ce blog est un puits de savoir sans fond.

louise miches a dit…

Tu parles je pense de Pierre Overney, militant maoïste tué par un vigile à Flins en 1972...
Sinon, je vois pas trop de qui tu parles... Mais ça m'intéresse !
L'enterrement de "Pierrot" a été l'occasion d'un grand défilé gauchiste, et pour certains, c'est ça vraiment la fin de Mai 68.
En effet, quand on compare à l'Allemagne ou l'Italie, nous n'avons pas "continué" notre 68 avec le "terrorisme".
Et après la mort, le "meurtre" selon eux, de Pierre Overney, le groupe maoïste qui s'appelait la Gauche Prolétarienne a décidé de dissoudre sa branche "armée" et clandestine (voir à ce sujet le témoignage de Antoine de Gaudemar, le chef, dans Génération de Hamon et Rotman), parcqu'ils n'étaient pas prêts à rentrer dans la lutte armée, et qu'ils cherchaient un moyen de contrôler les petits jeunes excités.
Mais tu vas encore dire que j'étale le peu de confiture que je possède..

Fried a dit…

Ah bé non, je parle de Gilles Tautin, dont la mort a aussi donné lieu à un grand défilé etc...
Merde alors, y'en a eu combien des le mort de mai 68 ?

louise miches a dit…

Ah ouais, j'avais oublié Gilles Tautin...
Mais si on veut être strict, il est mort le 10 JUIN 1968, et pas au cours des émeutes, mais en fuyant devant les flics.
C'est chipoter, vraiment, mais je défend mon candidat ci-devant commissaire Lacroix pour le titre de le mort de Mai !

Fried a dit…

N'oublions pas non-plus le gardien de la paix Bialès, mort la tête coincée dans une grille d'arbre pendant les évènements.

Xuc a dit…

Nan nan il est pas connement "mort", il est mort ÉTOUFFÉ la tête coincée dans une grille d'arbre.
Ouais c'était pas indispensable de le préciser mais ça casse la beauté de cette phrase si on omet ce petit morceau délicieux...

louise miches a dit…

Etouffé... Faudra étudier la question, j'ai un peu du mal à me représenter...
Quelqu'un peut faire un schéma ??