vendredi 8 octobre 2010

Nicolas Bokov, Opération Betterave



Dans le cadre d'une nouvelle édition de Masse Critique, sur Babelio (merci !), me voilà à rédiger un billet sur un livre totalement inattendu, Opération Betterave, de Nicolas Bokov. 
Ne connaissant pas l'auteur, j'avoue que mon choix avait été orienté par le résumé de l'éditeur : 

Un réseau de hackers moscovites, tout droit sorti de l’ex-KGB, s’empare des données sur la betterave sucrière dans l’Union européenne. Gaston Mba, le génial informaticien, saura-t-il les empêcher de faire main basse sur les secrets de cette nouvelle énergie, qui pourrait remplacer le pétrole et le gaz ? Son prodigieux allié, l’ordinateur Jerry, sera-t-il capable de contrer les espions venus du froid ? La pianiste japonaise Tamiko, qui détourne Gaston de l’intelligence artificielle et lui fait découvrir l’amour, pourra-t-elle le sauver d’un empoisonnement au polonium 210 ? En revenant sur les traces que l’URSS a laissées dans les esprits, Nicolas Bokov se joue des clichés de la guerre froide et nous livre une fable loufoque et subversive.

Je m'attendais à un récit burlesque, haut en couleurs et à la limite de l'absurde, un peu comme Les Barbouzes, pour les connaisseurs...
En fait, Opération Betterave, c'est tout ça et c'est autre chose. 
Et tout d'abord, Opération Betterave, c'est très court. 180 p. écrites très gros pour un livre au format poche. Mais il faut faire attention à ne pas lire Opération Betterave trop vite. 
Nicolas Bokov met plus ou moins en scène deux personnages désincarnés, des êtres parfaits qui ne peuvent pas exister et qui d'ailleurs traversent ce récit comme en état de grâce, sans toucher terre et sans faire bouger l'intrigue (et c'est particulier, des héros qui influent si peu sur le déroulement de l'histoire) : Gaston Mba, informaticien africain de génie ("MBA", j'adore...) qui pêchait le crocodile dans une Afrique et une jeunesse inutiles et poétiques, et Tamiko, pianiste japonaise à la peau très blanche, génie de la musique qui ne se produit même pas en concert tellement elle est bonne. Le sujet du livre, principalement, c'est leur rencontre et leur amour. Trois actes, classique : ils tombent amoureux très fort très vite, le drame survient qui les sépare, et puis le dénouement. 
Bon, et la betterave dans tout ça ? 
Elle reste très anecdotique... C'est une histoire de à-hacker-hacker-et-demi, de Moscou au Parlement européen, en passant par le quai d'Orsay. Une galerie de personnages secondaires complètement loufoques : flics, espions, bureaucrates, coiffeurs... qui se croisent, se courent après, se tendent des pièges et s'assassinent. Dans l'anecdote gît le génie du détail : l'auteur sème des jeux de mots et des références à foison (le boulot du traducteur n'a pas dû être des plus faciles - le livre a été écrit en russe originellement, même si l'auteur a fuit son pays pour la France) et impose un rythme de lecture plus lent. L'ex-URSS en prend certes pour son grade, mais les petites mains du Parlement européen également. 
Finalement, de cette lecture ressortent ces deux caricatures de personnages, Gaston et Tamiko, la falaise et son oiseau blanc, au coeur d'un tourbillon d'une histoire d'espionnage intemporelle à l'ère des ordinateurs, si je me fais bien comprendre. Et si ce n'est pas le cas, la seule solution est bien de lire ce livre, intéressant, et qui, si je ne le place pas dans mon top ten, m'a donné la curiosité d'aller voir d'autres livres de cet auteur... 

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