dimanche 22 juillet 2007

parlez-vous le De Gaulle ?

Notre cher Général, le papa de la France d'après-guerre...

Partout où je regarde dans notre histoire contemporaine, je tombe sur lui. Outre son rôle historique indéniable, il semble avoir fasciné des générations de Français. Dernier exemple en date dans mes lectures, Jean-François Kahn :

Son sang-froid au moment de la journée des barricades, sa détermination et le panache avec lequel, en quelques mots à la télévision au moment du second putsch -celui de 1961-, il a permis à la nation de se ressaisir, ont fini par forcer mon admiration. J'ai vécu avec passion, je l'ai dit, le discours de Phnom Penh. Les Etats-Unis étaient engagés dans la guerre du Vietnam. Au coeur de l'Empire, seul, il les a défiés, eux et leurs alliés. Jamais je ne me suis senti aussi fier d'être Français, jamais, ensuite, je n'ai vu une foule si authentiquement enthousiaste qu'au passage de De Gaulle à Ankara. Elle criait son admiration à l'homme qui savait dire non, et au-delà, à la France et à ses valeurs.

Cela dit, c'est vrai, De Gaulle, c'est aussi le cynisme politique, la répression de Charone, la ratonnade de 1961, le SAC et ses milices, un personnel issues (sic) du gangstérisme ! Parfaitement insensible aux problèmes des droits de l'homme dans de nombreux pays, il soutenait sans vergogne des roitelets africains épouvantables et, une fois le pouvoir perdu, il est allé rendre visite à Franco et à Eamon de Valera, un ancien collaborateur des nazis, en Irlande !

Le problème du gaullisme, c'est ce mélange d'épopée fulgurante et d'incroyable amoralisme. A trente ans, j'étais déjà partagé entre la double exigence de son rejet et de sa fascination. Si on est pas fasciné par ça, rien ne nous fascinera jamais. En même temps, si on ne rejette pas ça, on est de bien piètres démocrates. Cette contradiction me poursuit toujours.

(dans Comme deux frères, aimable conversation à bâtons rompus d'Axel et Jean-François Kahn, et je peux vous garantir qu'ils n'ont pas un cerveau pour deux ! p. 140)


Mais De Gaulle était aussi "un littéraire", il paraît que ses Mémoires (Mémoires de guerre et Mémoires d'espoir) sont vraiment très belles, et constituent une réelle oeuvre littéraire. Rien à voir avec les bouquins torchés par des nègres qui envahissent nos librairies à l'approche des élections. Je n'ai jamais lu ces Mémoires, je n'en parlerai donc pas plus, mais ça peut venir.


Là où je voulais en venir, c'est que, bien qu'étant un fervent défenseur de la francophonie, il avait la manie d'aller rechercher dans les fonds de tiroirs de la langue française des mots impossibles dont il parsemait ses discours.

De tête, me viennent :

- la chienlit, évidement, pour railler les joyeux drilles de Mai 68 et rassurer les autres

- le volapük intégré, pour se moquer des partisans de l'intégration européenne et souligner sa vision de l'Europe

- et le fameux quarteron des généraux en retraite, sensé désigner les généraux auteurs du putsch à Alger en 1961, opposés à l'indépendance de l'Algérie (comme De Gaulle en 58, d'ailleurs)


Que veulent dire tous ces mots ?

Le volapük est une langue artificielle, construite à la fin du XIX° siècle par un prêtre allemand, Johann Schleyer. Après avoir connu un succès indéniable, car c'était la première fois que l'idée d'une langue non-nationale était réalisée, elle tombe dans l'oubli, car trop compliquée à assimiler. Elle fut remplacée par l'espéranto, inventée par Zamenhof, encore pratiquée aujourd'hui (j'avais même commencé à l'apprendre !).


Lors d'un cours sur Mai 68, j'avais demandé à mes étudiants d'essayer de deviner ce que voulait dire "chienlit" (prononcer "chiant-lit") dans la célèbre phrase : "La réforme oui, la chienlit non", aussitôt déclinée par les manifestants sur les affiches des Beaux-Arts.
Une réponse convaincante : "une mauvaise herbe", il existe effectivement une mauvaise herbe qui s'appelle le chiendent, et ça se prêtait bien au contexte.

Mais en fait, la chienlit est un terme qui désigne les masques que l'on portait dans la rue pendant le temps de Carnaval.


Et pour finir, un quarteron ?

C'est une unité de mesure qui désigne le quart d'une livre, soit, en définitive, pas grand-chose...

2 commentaires:

Jay a dit…

J'aurais très bien pu être un de tes mauvais étudiants dis donc...

J'aurais allègrement dit, que dis-je affirmé, le ton plein d'assurance et teinté d'arrogance que la chienlit est une mauvaise herbe.

Ça m'apprendra...

louise miches a dit…

eh oui, c'était un piège pour humilier mes étudiants...

(et pourquoi mauvais ? parce que je suis leur professeur ??)